NOUVELLES DU COULOIR DE LA MORT DU TEXAS – LE 2 NOVEMBRE 2019

NOUVELLES DU COULOIR DE LA MORT DU TEXAS – LE 2 NOVEMBRE 2019

“Accueillez  avec simplicité les événements de la vie.” —-Rashi.

Histoires de cicatrices. Je ne rappelle plus où j’ai trouvé ce canif usé. Tout ce dont je me souviens, c’est que cet objet me fascinait et qu’apprendre comment l’aiguiser m’obsédait. Une fois maîtrisé l’art de l’aiguisage, je prenais le temps d’affûter la tranche de ce petit couteau de poche sur la meule chaque jour, puis, je parcourais la maison et le jardin en quête d’objets à tailler avec mon nouvel outil. Bien entendu, ma mère était au courant de l’existence de mon nouveau trésor. Elle m’avait bien dit de faire très attention avec ce couteau, car je risquais de me blesser avec cet objet. Au ton qu’elle avait employé, je savais qu’elle avait envie de me le confisquer parce qu’elle SAVAIT ce qui allait finir par arriver ! Du haut de mes 11 ans, je savais qu’elle avait le pouvoir de me le retirer ; pour moi, impossible de ne pas respecter ses règles. Un jour, j’ai eu la brillante idée d’utiliser ce canif pour affûter la pointe d’une branche d’arbre. Je ne peux vous dire ce que j’avais l’intention de faire avec un bâton pointu, tout ce que je sais, c’est que j’avais envie de dégrossir cette branche. Alors que j’avais commencé à tailler l’extrémité de la branche, je me suis rendu compte que ce bois vert était difficile à travailler, et, pour avoir une meilleure prise, je m’installai sur la marche de béton devant la porte de la maison. Je tenais le morceau de bois d’une main et le taillais en son extrémité avec le canif de l’autre main, mais la lame du couteau ne s’enfonçait pas facilement dans ce bois tendre. Alors, je me mis à exercer une pression maximale sur ce bois, j’y appliquai tout ma force et, au moment où la lame fit soudain une entaille dans la branche, l’élan de mon mouvement se poursuivit en un arc de cercle et le canif vint s’enfoncer dans ma cuisse droite, juste au-dessus du genou ! La blessure qui s’ensuivit faisait 8 cm de long et elle était suffisamment profonde pour que la peau entaillée se recourbe et découvre la chair blanche au-dessous. Dès que je me suis coupé, les paroles de ma mère ont résonné dans ma tête et je savais que si je courais vers elle, et que je lui disais que je m’étais blessé, elle me confisquerait le canif et que je serais puni par-dessus le marché pour ne pas l’avoir écoutée ! Ayant trop peur des conséquences de  mon acte, je ne dis rien à personne ; je décidai de souffrir en silence et de tenir cette blessure secrète. Ce n’était pas facile, ma blessure saignait beaucoup et j’avais très mal. J’ai mis longtemps à cicatriser. A présent, je sais que j’aurais dû prévenir mes parents et que j’aurais dû les laisser m’emmener chez le médecin, pour que ma plaie puisse être recousue. J’aurais dû avoir 15 ou 20 points de suture. Aujourd’hui, la cicatrice s’étale sur ma cuisse, sur 8 cm de longueur et un peu plus d’un cm de largeur. Cette cicatrice raconte une histoire de blessure et de guérison. Alors que je me remémore cette expérience, je sais que j’ai appris une leçon très importante, qui m’est restée  à ce jour. Il s’agit de toujours veiller à ce que nos membres restent le plus loin possible d’une lame en mouvement, de peur qu’eux aussi soient découpés comme l’objet que l’on tranche ! Si le souvenir de cette leçon est toujours aussi vif, c’est à cause de la douleur, de la souffrance que cette blessure m’a infligé, ce qui souligne le fait que la douleur, la souffrance, le chagrin nous inculquent les leçons les plus convaincantes de l’école de la vie…

Aujourd’hui, cette cicatrice raconte une histoire familière dans mon parcours de blessures puis de guérisons : je me place naïvement dans une situation problématique, mais j’apprends rapidement à ne plus commettre la même erreur, parce que ça fait mal ! Alors, après que la blessure a été infligée, la souffrance subie, supportée, puis la guérison effectuée, je me rends compte que j’ai progressé comme être humain grâce à cette expérience.

Maintenant que j’en suis à la vingtième année de ce marathon qu’est la vie dans le couloir de la mort du Texas, je me rends compte plus que jamais que la vie n’est pas facile et que parfois, on croirait qu’elle est plus dure que jamais. Apprendre ces leçons difficiles dans le couloir de la mort, c’est souvent comme escalader une dune de sable. Souvent, j’ai l’impression de ne pas faire suffisamment de progrès tandis que je tente de devenir une âme davantage bienveillante, plus consciente et plus aimante. Mais je dois continuer, ne jamais baisser les bras, et faire un pas à la fois, sachant que je viendrai à bout de toutes les épreuves qui pourront surgir sur mon chemin. Au début de ma détention dans le couloir de la mort, il m’était pour ainsi dire impossible de ne pas être dans la rancœur, la colère, constatant à quel point la vie avait été injuste avec moi. Seulement, avec le temps, j’apprends que l’on ne maîtrise pas grand chose dans la vie. Même si je menais une existence parfaite, dans une ville parfaite auprès de la parfaite épouse, même si j’avais le métier parfait et que j’habitais dans une maison parfaite, toute cette perfection pourrait disparaître en un instant. Notre conjoint(e) peut très bien ne pas rentrer à la maison un soir, on peut perdre son boulot, notre maison peut brûler – tant de choses peuvent partir en fumée en un clin d’œil, peu importe que l’on ait été jusqu’alors riche ou privilégié. C’est lors de ces moments de douleur extrême que j’ai appris les leçons les plus essentielles. Si je parviens à accueillir avec simplicité tout ce qui m’arrive, à patienter tandis que j’en ressens la brûlure, notamment lors des épisodes les plus traumatisants, alors, la vie sera plus simple car ces événements me traverseront sans que j’y oppose une quelconque résistance. Je suis reconnaissant pour ces leçons, peu importe la douleur qu’elles m’aient causé, ou le nombre de cicatrices sur mon corps ou le nombre de fois où il m’a fallu recoller les morceaux de mon petit cœur, après qu’il a été mis en pièces par une personne chère. C’est la vie, c’est tout ! Et la meilleure chose que je puisse faire, c’est d’accepter la vie selon ses modalités et d’apprendre la leçon que la situation m’enseigne. Parce qu’un jour, bientôt, j’atteindrai mon but ultime : la liberté et le début de la deuxième partie de ma vie, et c’est alors que commenceront les véritables épreuves. Ces épreuves seront bienvenues et, oserais-je dire, faciles à affronter car le plus dur, le miracle, ce sera de quitter le couloir de la mort du Texas pour être libre, à tout jamais !

AMOUR PAIX ESPOIR!

Charles D. Flores N°: 999299

 

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