« AVEC CE LANGAGE DE LUNE »

DES NOUVELLES DU COULOIR DE LA MORT                           LE 15 SEPTEMBRE 2018.

« AVEC CE LANGAGE DE LUNE »

Admettre quelque chose.
A tous ceux que vous voyez, vous dites « Aimez-moi ».
Bien sûr, vous ne le faites pas à haute voix, sinon, quelqu’un appellerait les flics.
Cependant pensez-y, à ce grand élan qui nous pousse à créer des liens. Pourquoi ne pas devenir celui qui vit avec une pleine lune dans chaque œil, qui dit toujours, avec ce doux langage de lune, ce que tous les autres yeux dans ce monde meurent d’envie d’entendre?  » – Hafiz

Depuis environ deux jours, je m’interroge sur une question fondamentale : « Qui suis-je ? Quelle est ma nature profonde comme être humain ? Quel est mon rôle dans l’univers ? Comment dois-je vivre ? » Alors que je réfléchis à ces questions et cherche des réponses, il me vient à l’esprit une question plus cruciale encore : « Que veux-je vraiment ? »

Je crois que la réponse à cette question exigera de moi que je plonge en moi-même et analyse mes aspirations, mes espoirs et mes besoins les plus essentiels, que je réfléchisse à ce qui me rend heureux. Parce que nous sommes tous définis par ce qui nous rend heureux et la réponse à cette dernière question m’aiguillera pour répondre à la première.

A première vue, la réponse à cette question pourrait sembler simple ou bien l’on pourrait croire qu’elle est facile à trouver. Nous voulons tous être riches, beaux, minces ou célèbres. Seulement, si l’on creuse ces réponses, une vérité absolue apparaît. Si nous voulons être riches, c’est parce que nous croyons qu’on pourra acheter l’amour. Si nous voulons être beaux et minces, c’est parce que si on est «parfait » physiquement, alors, on trouvera le véritable amour. Et nous désirons être connus pour la même raison, car alors, c’est le monde tout entier qui nous aimera !

Je crois que plus que tout, nous aspirons tous à aimer et à être aimé en retour. Rien au monde n’est plus fort qu’être aimé, qu’avoir un être qui accepte cet amour qu’on a à lui offrir. L’amour est tellement essentiel à notre bien-être que nous essayons de combler le manque en nous si nous en sommes dépourvus grâce à la drogue, à l’alcool, à la nourriture et à toutes sortes d’autres choses… Grâce à l’amour, nous sommes tout et s’il vient à manquer, nous ne sommes rien.

Savoir ce que l’on veut vraiment dans la vie compte énormément pour notre santé en général. Lorsque l’on sait ce que l’on veut vraiment dans la vie, nous nous mettons automatiquement à œuvrer pour le bien, ce qui a des effets bénéfiques à la fois pour soi et pour les autres. Parce que, lorsque l’on sait ce qui nous rend vraiment heureux, il n’y a pas de conflit entre nous et les autres. Et lorsque nous sommes véritablement heureux et aimé, nous avons la possibilité de faire preuve d’amour et de bienveillance envers les autres, même lorsqu’ils cherchent à nous nuire ou qu’ils nous veulent du mal.

A l’inverse, lorsque nous nous méprenons sur nos véritables besoins et que nous pensons que l’envie, l’agressivité, l’indifférence  nous aident à atteindre nos objectifs, alors, nous nous faisons du mal et nous en faisons aussi à ceux qui nous entourent. Croyez-moi lorsque je vous dis cela – je sais de quoi je parle.

Cela fait maintenant 20 ans que je suis dans le couloir de la mort du Texas et lorsque je repense à la personne que j’étais lors de mon arrivée, je ne crois pas que je savais ce que je voulais vraiment ni ce dont j’avais besoin pour être heureux. Et malheureusement, tant d’autres âmes qui souffrent dans cet enfer sont perdues dès lors qu’il s’agit d’identifier leurs désirs ou leurs besoins. Et il est pour ainsi dire impossible de tenter « d’éclairer » un autre gars buté du couloir de la mort du Texas sur ses besoins véritables. On est tous têtus, de vraies têtes de pioche, c’est bien en partie à cause de ça qu’on s’est retrouvé ici.

Découvrir ce que l’on veut vraiment constitue une leçon de vie qu’il nous faut presque toujours apprendre seul. Et avec un peu de chance, à un moment donné, la vérité vient à nous.

Je pense parfois aux liens que j’ai tissés quand j’étais plus jeune, avant d’être envoyé dans le couloir de la mort du Texas. Je repense comment, déjà à l’époque, lorsque j’aimais quelqu’un, qu’il s’agisse d’un membre de ma famille, d’un ami ou d’une petite amie, je me sentais poussé à faire des choses pour lui ou pour elle – pour lui montrer mon amour à travers des actes. Avant même que je sache ce qui se passait,  j’étais déjà poussé par le besoin de tenter d’exprimer mon amour à travers des actes. Pourquoi est-ce que j’agissais ainsi ? Maintenant, je sais que c’est parce que je veux que les autres soient heureux, c’est pour moi un besoin.

Si mes proches sont heureux, alors, je suis heureux et à la base, cette réalité me montre que je suis quelqu’un d’aimant. Qu’en tant qu’humains, nous sommes des êtres aimants parce que la quasi-totalité de l’humanité partage ce sentiment, à des degrés divers. Alors, c’est vrai pour la société dans laquelle on vit, que ce soit dans le monde libre, dans notre communauté, ou ici, dans ma microsociété, dans le couloir de la mort du Texas. Et qu’est-ce que cela nous dit sur nous-mêmes ? Que nous ne sommes pas isolés et que notre bien-être et que celui de ceux qui nous entourent sont interdépendants.

Voilà les conclusions auxquelles j’arrive alors que je réfléchis à la vie dans le couloir de la mort du Texas. Chaque jour, je tente de vivre ce que je prêche, soit la bienveillance et la compassion. Et comme vous pouvez l’imaginer, là où je vis, il y pas mal de chacals qu’il est extrêmement difficile d’aimer et auxquels il est très compliqué de montrer de la bienveillance ou de la compassion. Et il en est quelques uns que je n’aime pas du tout. Mais c’est ainsi que fonctionne le monde en général – c’est facile d’aimer ceux qui nous aiment en retour. Ce qui forge le caractère, c’est de montrer de la bienveillance et de la compassion à ceux qui rendent cette tâche ardue et de ne pas tenter de nuire ou de vouloir du mal à ceux que l’on n’aime pas. A la place, j’essaie d’être le meilleur possible chaque matin en démarrant la journée par de la méditation et des prières. J’envoie  à chaque âme qui souffre dans le couloir de la mort du Texas comme dans tous les couloirs de la mort du monde une énergie positive et apaisante et la force et le courage de surmonter ce qu’ils traversent. Puis, j’envoie cette même énergie aux personnes du monde libre. Et cette démarche modeste renferme un incroyable pouvoir de guérison. Ses bénéfices sont doubles car cette énergie aide ceux à qui je l’envoie, amis ou ennemis, et elle m’aide aussi moi, parce que ce qui vous fait du bien me fait du bien à moi aussi.

Ce monde serait globalement plus vivable si on était davantage à apprendre à communiquer avec ce merveilleux et incroyable langage de lune !

AMOUR, PAIX ET ESPOIR !

Charles Don Flores N°999299

Couloir de la mort du Texas

Le 15 septembre 2018.

Note : Hafiz est un poète, philosophe et mystique persan qui vécut au 14ème siècle à Chiraz. Il est connu pour ses poèmes lyriques, les ghazals, qui évoquent des thèmes mystiques du soufisme en mettant en scène les plaisirs de la vie.

On peut interpréter le poème de Hafiz comme la tendance que nous avons à chercher l’amour dans le monde & l’invitation à être aussi celui qui offre l’amour, à être la lune qui brille avec la lumière abondante du soleil.

 

NOUVELLES DU COULOIR DE LA MORT DU TEXAS – le 2 septembre 2018.

NOUVELLES DU COULOIR DE LA MORT DU TEXAS – le 2 septembre 2018.

« Il ne sert à rien d’attendre l’inspiration. Il faut aller la chercher avec un gourdin. » – Jack London

C’est dur d’être un humain. Que l’on vive une existence privilégiée, dans le luxe, ou que l’on se trouve confiné dans le couloir de la mort du Texas, on reste soumis aux mêmes aléas : le vieillissement, la maladie et la mort. Je n’ai jamais bénéficié de privilèges ni vécu dans le luxe, alors, je ne peux qu’imaginer ce que ce doit être, mais j’ai une connaissance intime de ce qu’est la vie dans le couloir de la mort du Texas. Car je suis un détenu du couloir de la mort du Texas. Les meilleurs jours, faire face à la réalité de ma détention dans ce camp de la mort d’aujourd’hui relève du défi. Les pires jours, cette situation est propice à l’éclosion d’une véritable crise.

Comme nous le savons tous, il est extrêmement difficile de préserver notre capacité à fonctionner en plein milieu d’une crise. En ce qui me concerne, la moitié du temps, j’ignore la cause de la crise que je subis. Cela peut être une bien mauvaise surprise qui m’a pris de court, mais ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. Sous la surface fourmillent tout un tas de traumatismes non résolus, de la peur, de l’anxiété, de la fierté et du stress.

Et laissez-moi vous dire, c’est souvent difficile de comprendre ce qui se passe lorsque vous vivez à l’isolement – coupés des êtres que vous aimez le plus et en qui vous avez le plus confiance. Il n’est pas une âme dans le couloir de la mort du Texas qui ne souffre de traumatismes et de problèmes non résolus. Et même si l’on avait un milliard de dollars et que l’on jouissait de tout ce dont on peut rêver dans le couloir de la mort du Texas, on serait chaque jour soumis à des événements traumatisants. On se trouve dans un abattoir où les gens que l’on connaît, dont de nombreux détenus que l’on considère comme des amis, sont assassinés au nom de l’(in)justice. Mais je m’égare…

C’est un fait : notre cœur recherche le bonheur, nous aspirons à être aimés des autres et à les aimer. Seulement, lorsque les choses dérapent, on est contraint de mettre en place des stratégies de survie pour nous protéger de la douleur. L’un des moyens de défense les plus communs consiste à dresser des murs tout autour de notre cœur pour éviter de continuer de souffrir. Mais cette stratégie entraîne de nombreux « effets collatéraux » négatifs : on devient insensible et replié sur soi ou triste et déprimé. Ou bien on est anxieux, on a peur, on est en colère et on est agressif.

Il est facile de décrire ce qui se passe quand on n’est pas pris dans ce terrible cycle qui, pour moi, comporte tous les aspects que j’ai cités. Lorsque je me retrouve au cœur d’une crise majeure, je suis complètement désemparé ; c’est comme si j’étais au beau milieu d’une gigantesque tempête de sable et que je ne pouvais rien voir ni rien entendre ni rien sentir. Quand cela arrive, mes défenses fonctionnent à plein régime et mon cerveau et mon corps sont inondés d’adrénaline – je suis prêt à fuir ou à me battre. Et ceux qui me connaissent bien savent que je ne suis pas du genre à prendre mes jambes à mon cou.

Au cours des quelques derniers mois, c’est comme si j’avais perdu ma voix. Ceux qui suivent sauront que je n’ai pas publié de nouveaux billets ces derniers temps. Pour que je sois en mesure d’écrire, je dois avoir la pleine maîtrise de mes capacités pour atteindre et conserver toute l’attention, l’énergie et la motivation dont j’ai besoin pour partager mes pensées sous une forme écrite. Si je ne suis pas dans cet espace, alors le puits est à sec.

Lorsque le puits est à sec pour moi, cela veut dire que je vis une vraie crise, qu’il me faut trouver le motif de cette nouvelle catastrophe et y faire face sans attendre. Parce que, peu importe ma colère ou mon traumatisme, je ne peux pas me figer sur place. Je ne peux pas rester silencieux, engourdi, triste et déprimé. Non, je dois créer en moi un espace pour prendre de la distance par rapport au problème et m’y confronter. Je dois tenter d’éclaircir ce qui s’est manifesté dans le monde extérieur et qui est à l’origine de cette spirale destructrice et tenter de le résoudre. C’est le minimum. Parce que mes actes sont le socle sur lequel je m’appuie et que je dois à tout prix mettre fin à l’emballement, me ressaisir et être présent à ce qui est en train de se passer – et ensuite résoudre le problème.

Je repense aux 20 années qui se sont écoulées depuis le début de mon incarcération dans le couloir de la mort du Texas et à la façon dont « l’école de la vie » n’a cessé de m’enseigner les leçons dont j’aurais besoin pour survivre. Je reste reconnaissant de cette expérience vécue dans cette existence parce que sans elle, je n’aurais pas pu apprendre ces leçons essentielles. L’une de ces leçons, c’est que Dieu/l’Univers fait toujours attention à notre situation. Il sait quand tu es blessé mais continues de participer au « jeu de la vie ». Et lorsque tu es blessé, lorsque tu souffres, l’une des meilleures choses que tu puisses faire, c’est d’aider une autre âme en peine. Si on peut s’élever à ce niveau, on aura accompli quelque chose de formidable et l’on en ressortira tous deux guéris, parfois juste un peu, parfois considérablement. On ressortira de cet échange plus fort l’un et l’autre.

Il y a peu de temps, une amie très chère a subi une grande perte dans sa vie et ce n’est pas facile pour elle. Or, lorsqu’elle est confrontée à des difficultés, moi aussi, je me sens concerné. Et ma nature est telle que je dois aider les gens que j’aime, je suis comme ça, c’est aussi simple que ça. Cela fait environ un an maintenant que l’une de mes meilleures amies et moi discutons d’un projet d’écriture. Il y a peu, elle m’a demandé d’écrire pour elle le descriptif des personnages principaux de notre livre, pour lui occuper l’esprit et lui éviter de trop cogiter sur le reste, et j’ai accepté. A ce moment de ma vie, j’avais des hauts et des bas, mais j’étais un peu cachotier et n’en parlais à personne, parce que je suis un ours dur à cuire, pas vrai ?!! A ce moment précis, je n’étais pas en mesure d’écrire parce que je ne parvenais pas à trouver ma voix. Et la vie a continué à m’apporter son lot de bonnes et de mauvaises nouvelles, et puis, mon amie a subi cette grande perte et savoir à quel point elle souffrait m’a beaucoup affecté. Il était pour moi inacceptable de ne pas trouver un moyen de l’aider. Peu importe que je n’aie pas le moral, peu importe que j’aie l’impression d’être le plus malheureux de la terre, il FALLAIT que je sois là pour mon amie.

Alors, je m’y suis mis. Je me suis installé à ma machine à écrire et j’ai commencé à lui décrire les personnages. La première biographie de personnage que j’ai écrite faisait 6 pages. La suivante 5 pages et je n’en revenais pas : une fois lancé, l’histoire est vraiment venue toute seule. C’était génial ! Et c’était encore plus génial de me dire que ma précieuse amie aurait ce qu’elle m’avait demandé et qu’elle pourrait se concentrer sur notre projet et éviter de ruminer.

Et une chose étonnante s’est produite une fois que j’ai été capable d’aider mon amie alors que je souffrais : j’ai commencé à aller mieux. J’ai créé l’espace dont j’avais besoin pour établir ce qui n’allait pas chez moi. La réponse n’a rien d’inédit, en résumé, c’est le fait de ma détention dans le couloir de la mort du Texas depuis 20 ans. Les problèmes surviendront toujours, c’est comme ça, c’est la vie, rien d’étonnant à ça.

Il y a environ 3 semaines, moi et les autres gars de ma section de l’unité B avons gagné le gros lot à « qui-gagne-perd » ! Nous avons tous été transférés à l’unité A. Nous sommes passés d’une zone à la température fraîche à une zone étouffante, sachant que le soleil se couche sur le mur qui se trouve à l’arrière de notre bâtiment. L’antenne radio ne fonctionnait pas et je me trouvais très précisément à trois mètres de la zone réservée aux condamnés dont la date d’exécution a été fixée. Cette section est contiguë à la nôtre.

Sur le moment, c’était l’horreur, c’était tout simplement insupportable. J’ai passé 5 mois dans cette zone en 2016 et c’est bien le dernier endroit où j’ai envie de me trouver, le dernier endroit où j’ai besoin de vivre. Ceci dit, jour après jour, les choses ont commencé à s’améliorer. Le système de refroidissement de l’air a été réparé, si bien que je ne suis plus obligé de dormir sur le sol de béton pour ne pas suer toute la nuit durant. Puis, ils ont fait en sorte que l’antenne radio fonctionne à peu près correctement. Ces améliorations m’ont aidé à prendre de la distance et à mettre en perspective mes soucis. Par rapport à ce que subissent mes frères dans l’antichambre de la mort, ma situation est gérable. Bien sûr, ça craint, mais je peux y faire face, et c’est ce que j’ai fait. J’ai intensifié mes efforts pour conserver mes exercices spirituels : la méditation et la prière. J’ai fait plus d’exercice physique et me suis appuyé sur le fait que j’avais réussi à retrouver ma voix pour ma précieuse amie. Et même si ma voix n’est pas parfaite, malgré le côté laborieux de ce dernier billet, ma voix est bien là et j’en suis heureux. Je me rappelle sans arrêt la chance que j’ai et suis extrêmement reconnaissant de tous les aspects positifs de ma vie. Parce que je ne peux pas me tromper si je vis dans la gratitude, et vous non plus.

Et puis, vous savez, parfois, cela ne sert à rien d’attendre l’inspiration ou la réponse à vos malheurs, il faut aller les chercher avec une masse !

AMOUR PAIX ET ESPOIR !

Charles D. Flores #999299

Couloir de la mort du Texas

Le 2 septembre 2018.

« INQUIÉTUDES… »

NOUVELLES DU COULOIR DE LA MORT DU TEXAS – 26 MAI 2018.

« INQUIÉTUDES… »

Je repense parfois au jeune homme de vingt ans que j’étais et m’étonne qu’à l’époque, peu de choses dans ma vie me causaient du souci. J’étais jeune, costaud, j’avais un boulot et quelques dollars en poche. Je pensais que j’allais vivre éternellement, parce que nous imaginons tous que nous serons là pour l’éternité quand nous sommes jeunes. Et, pour des raisons que j’ignore, je ne parvenais pas à voir que le chemin sur lequel j’étais engagé me mènerait à une cellule où je resterai ensuite enfermé vingt ans durant dans le couloir de la mort du Texas.

Mon père avait un cousin prénommé Rudy, qui devait avoir le même âge que papa. Une fois que mon père était arrivé à l’âge de 25 ans environ, il était suffisamment mûr et savait ce qu’il voulait faire de sa vie, mais ce n’était pas le cas de Rudy. De temps à autre, Papa croisait le chemin de ce bon vieux Rudy et essayait de l’encourager à mettre un terme à sa vie de patachon et à mener une existence plus constructive. Mais Rudy expliquait à papa qu’il était sérieux dans la vie ! Il fumait des cigarettes, buvait de la bière, il avait vingt dollars en poche, bref, tout allait parfaitement bien pour lui ! Mon père nous racontait toujours cette histoire mi triste-mi amusé et secouait la tête face à l’incapacité de Rudy à reconnaître son besoin d’évoluer. Et, bien entendu, mes frères et moi nous moquions de Rudy, nous nous disions qu’il était fou de penser que tout allait bien alors qu’il vivait au jour le jour et faisait la bringue tous les soirs.

Ce n’est que des années plus tard, alors que je me trouvais dans le couloir de la mort du Texas, que je me suis rendu compte que lorsque j’étais jeune adulte, j’avais beaucoup en commun avec ce sacré Rudy ! Moi aussi, je fumais et je buvais, je n’avais que quelques sous en poche et, dans mon esprit, je menais une existence fabuleuse ! Pourquoi s’inquiéter ? Pourquoi changer ?

Avance rapide sur images. Me voilà dans le couloir de la mort près de trente ans plus tard. Laissez-moi vous dire que j’ai des tas de raisons de me cogner la tête contre les murs et de me faire de la bile. Le fait est que la vie en général est chargée de stress, peu importe où l’on se trouve, et qu’elle nous fera nous angoisser si l’on y prend pas garde. Ce contre quoi je lutte le plus ici, ce sont mes inquiétudes au sujet de ma mère et de son bien-être, sachant qu’elle vient de fêter ses quatre-vingts ans. Je m’inquiète aussi pour d’autres membres de ma famille et pour des amis que j’ai appris à connaître et que j’aime vraiment beaucoup. Peut-être que leur milieu familial n’est pas le plus épanouissant qui soit, qu’ils ont de gros problèmes de santé, ou ne connaissent pas la sécurité de l’emploi. Parce que je suis enfermé dans une cellule et détenu au secret, la part d’inconnu dans ma vie est ENORME et menace bien trop souvent de me faire perdre la raison. Si l’un de mes proches ne me dit pas ce qui se passe dans une carte, un message envoyé par JPAY (e-mail payant imprimé par la prison) ou par courrier, l’inquiétude et l’inconnu sont extrêmement difficiles à surmonter.

Parce que je suis confiné dans une cellule depuis près de deux décennies, je me connais très bien. Soit on en arrive à savoir qui l’on est vraiment, à identifier les bons comme les mauvais côtés, soit on vit dans le déni. Or, au cours de toutes ces années, je n’ai jamais été du genre à avoir des émotions nuancées. Si tu es mon ami et que j’ai de l’affection pour toi, alors je t’aime VRAIMENT beaucoup et ferai n’importe quoi pour toi. Par contre, si je ne te porte pas dans mon cœur, ne t’évertue pas à essayer de faire de moi ton ami, il n’y pas de risque que cela arrive !

L’inconvénient, c’est l’inquiétude qui monte parfois lorsque je ne sais pas ce qui se passe dans la vie de mon ami(e). Il est une chose qui me pose problème depuis quelque temps, c’est lorsque quelqu’un a prévu de me rendre visite et qu’il a du retard. Alors, dans mon cerveau en ébullition, je crée toutes sortes de scénarios catastrophes sur ce qui a pu lui arriver et le pourquoi de son absence. Son véhicule est tombé en panne, il a eu un pneu crevé, ou même un accident ! Cela fait des années que je suis aux prises avec cette angoisse et j’ai remarqué qu’après avoir vécu des événements particulièrement traumatisants – comme le fait d’avoir eu une date d’exécution et d’avoir vécu dans l’antichambre de la mort pendant cinq mois ! – ce problème s’était plutôt aggravé.

Un week-end, deux amies sont venues me rendre visite et j’ai partagé mon problème avec elles. Je leur ai dit que les visites du samedi dans le couloir de la mort du Texas étaient les plus stressantes pour moi, car c’est le seul jour où les prisonniers du couloir de la mort sont escortés au parloir avant l’arrivée des visiteurs. Et moi, du matin jusqu’au soir, je suis comme dans une cocotte minute, parce que je me mets à cogiter au sujet de mes amies. Je sais qu’elles ont un long trajet à faire. Et si elles n’arrivaient pas ? Et si elles avaient un pneu à plat ou une panne et si et si et si ???! Une fois arrivée l’heure de la visite, je suis usé par toute cette angoisse et tout ce stress.

A mon grand étonnement, l’une de mes amies m’a expliqué ce que je vivais. Il s’agit de pensées intrusives, et chaque fois que nous y sommes confrontés, nous devons les laisser se déployer. Elle m’a alors donné un exemple. Si elles avaient eu des soucis avec leur voiture, elles auraient appelé un dépanneur qui serait venu les aider. Tout le monde en serait sorti sain et sauf et elles seraient rentrées chez elles en toute sécurité, il n’y aurait pas eu de raison de s’inquiéter.

Lorsqu’elle m’a fait part de sa réflexion, je me suis senti libéré. C’était comme si on m’avait ôté des épaules un poids de deux tonnes et demi, c’était dingue de voir qu’elle savait ce qui m’arrivait et qu’elle ait pu m’indiquer la marche à suivre pour faire face à mon angoisse.

C’était vraiment inespéré pour moi. Depuis lors, j’ai eu recours à cette technique de gestion du stress dans de nombreuses situations où je me suis retrouvé bombardé de pensées intrusives. Et croyez-moi, il y a tant de choses qui peuvent en générer, des pensées intrusives ! Parce que, dans les faits, je n’ai aucun contrôle sur quantité d’aspects de ma vie, et c’est effrayant. C’est pourquoi la pratique spirituelle – la prière et la méditation – est tellement importante pour moi. Grâce à la pratique spirituelle, je suis capable de garder mon équilibre et de rester centré et j’ai une foi absolue dans le fait que tout ira mieux.

Je trouve que c’est incroyable de constater que l’école de la vie ne s’arrête jamais et que j’ai appris tant de leçons essentielles du fait de ma détention dans le couloir de la mort du Texas. Ce n’est qu’une raison de plus qui me fait dire que toutes les épreuves que nous traversons sont destinées à nous faire arriver au point qui nous était destiné dans la vie. Et de ce point de vue, je peux être reconnaissant pour ce que j’ai vécu au cours des vingt dernières années de ma vie.

Ce sont ces expériences qui m’ont permis de me rendre compte de ce qui était important dans la vie et de me concentrer sur l’essentiel, et surtout, qui m’ont permis de m’efforcer d’être le meilleur être humain possible, parce que nous pouvons tous apprendre à être un peu plus doux et bienveillant les uns envers les autres et si nous y parvenons, le monde sera meilleur.  Or, c’est le genre de monde où j’aimerais vivre. Et vous ?!

AMOUR PAIX ESPOIR ET RIRES

Charles Don Flores N° 999299

Couloir de la Mort du Texas

Le 26 mai 2018.

 

Qu’est-ce qui vous inspire ?

NOUVELLES DU COULOIR DE LA MORT DU TEXAS – LE 19 MAI 2018

Qu’est-ce qui vous inspire ?

« Je ne veux pas me retrouver à la fin de ma vie et m’apercevoir que je n’en ai vécu que la longueur. Je veux aussi en avoir vécu l’épaisseur. » Diane Ackerman

Je commence la plupart de mes journées par un temps de méditation et de prière. Je pense notamment à mes frères qui font face à une date d’exécution et se trouvent dans l’antichambre de la mort. Ceux qui n’ont jamais vécu avec la mort postée à leur porte, à attendre une date fixée pour que l’on vienne les faucher, ceux qui n’en ont pas fait l’expérience ne pourront jamais vraiment comprendre de quoi je parle. C’est comme si l’Etat vous avait fait monter dans un train fou et avait ensuite érigé une barrière indestructible sur les rails. Alors, il se peut que cette barrière soit si loin devant que vous le la voyiez pas, car la date prévue de votre exécution tombe dans plusieurs mois. Ou alors, peut-être que cette barrière se trouve directement dans votre champ de vision, parce que vous n’êtes plus qu’à quelques semaines voire quelques jours de votre date. Le train dévale les rails à toute vitesse et si vous ne trouvez pas un moyen de sauter de ce train ou de retirer la barrière, le train va s’y écraser et vous ne serez plus de ce monde.

Il n’y a aucune logique à la peine capitale. C’est comme être frappé par la foudre, on ne sait jamais qui sera le prochain.

On ne sait jamais qui pourrait bien se voir accorder un sursis ou qui pourrait disparaître à cause de ces diables de l’Etat du Texas. Je le sais, j’ai vécu 5 mois dans une cellule spéciale, sous surveillance 24 heures sur 24, sous le coup d’une date d’exécution en 2016. Et en 2016, la moitié des hommes qui avaient des dates d’exécution ont survécu et les autres ont été assassinés au nom de la justice.

Chaque matin, au réveil, après m’être recentré à l’aide d’exercices de respiration, une fois que j’ai trouvé mon point d’ancrage, alors que le monde semble s’être immobilisé, lorsque je « rentre en moi-même »,  je prends le temps de demander à l’Univers d’accompagner tous les hommes du couloir de la mort, de leur donner la force et le courage de faire face à la journée qui les attend. Je récite aussi une prière particulière pour mes frères dans l’antichambre de la mort. Je leur envoie de l’amour et de l’énergie positive, ainsi que de la force et du courage, parce que je sais ce qu’ils traversent. Lorsque je fais ça, je prends aussi le temps de me souvenir que la vie est éphémère, que l’existence est transitoire, ce qui rend la vie d’autant plus précieuse.

Lorsque je rentre en moi-même, je visualise les brèves amitiés que j’ai nouées à mon arrivée dans le couloir de la mort du Texas, en 1999, avec des hommes qui ont été exécutés peu de temps après. Je pense aux amis que j’ai connus pendant 5 ans, 10 ans. Je repense aux gars dont j’ai vu la vie être happée par la machine de mort du Texas, alors que j’étais dans l’antichambre de la mort. Je sais qu’il n’existe aucune garantie que qui que ce soit parmi nous ait encore des années voire des décennies devant lui. Même si je suis relativement en bonne santé et que je me sens toujours jeune (environ un jour sur deux), être là le lendemain n’est pas une promesse. La vie est telle qu’un jour nous sommes vivants et que le lendemain, nous sommes partis et il est trompeur de se dire « j’aurai le temps de faire ça plus tard », c’est une évidence. Moi, cependant, cette idée me stimule, je ne suis pas abattu par cette réalité de l’existence.

Il y a plusieurs années de cela, j’ai eu la grande chance d’apprendre cette leçon essentielle qui veut que lorsque nous apprenons à mourir, nous apprenons aussi à vivre. Parce que la réalité de la mort, cette vérité qui veut que personne n’ait la vie éternelle, que nous soyons là pour un moment donné puis, que nous ne soyons plus, cette vérité gomme toutes les absurdités de la vie et nous permet de nous recentrer sur l’essentiel. Ainsi, cette conscience que j’ai de la mort me pousse à ne pas être oisif. Cette vérité me rappelle que je dois pleinement tirer parti de ce précieux cadeau qu’est la vie, que je dois m’efforcer de tenir encore quelques mètres, alors que je crois avoir épuisé toutes mes ressources. M’appliquer autant que faire se peut à œuvrer pour le bien et à apprendre à développer ma bienveillance et ma douceur, vis à vis de tous les êtres vivants. Parce que je maîtrise parfaitement cet aspect de mon existence, et que mon succès ou que mon échec dépend de moi à 100%. Je maîtrise peu la plupart des autres aspects de ma vie, mais dans ce domaine, c’est moi qui suis aux commandes.

Ainsi, la réalité qui veut que la mort fasse partie de la vie m’inspire. Cette réalité me pousse à vouloir être au maximum de mes capacités dans tout ce que je fais. C’est un rappel permanent que j’ai déjà vécu la moitié de ma vie et que, si j’ai de chance, je pourrai bien avoir encore 40 années devant moi. Durant ces quelques décennies, je n’aurai pas un seul jour à perdre, pas seulement pour moi mais aussi pour les autres frères que l’Etat du Texas a rayés de la surface de la terre. Je pense à eux et je sais que je dois vivre ma vie aujourd’hui, et surtout quand je serai libre, d’une manière qui les rendrait heureux. Tant d’hommes ont vécu et sont morts dans le vouloir de la mort du Texas, sans avoir eu une autre chance de goûter à la liberté, alors, quand j’aurai retrouvé la liberté, j’aurai le devoir de vivre pleinement ma vie.

Il y a trois jours, un ami proche dénommé Juan Castillo a été exécuté par l’Etat du Texas. J’ai réfléchi à cette exécution et j’ai tenté de comprendre comment un frère que j’avais côtoyé pendant 14 ans, et qui, d’après moi, était innocent, avait pu être ainsi mis à mort.

Je ne comprendrai jamais pourquoi il a subi un tel sort, alors, je ne vais pas essayer de trouver le sens de ce meurtre légal.

Je vais me contenter de me souvenir de mon frère Juan Castillo et parlerai toujours de lui en bien. Je garderai son souvenir tout au fond de moi. Castillo était un vrai chic type, naturellement bienveillant envers les autres. Il aidait toujours ceux qui en avaient besoin, c’était quelqu’un de bien, tout simplement. Ces diables ont peut-être pris sa vie, mais ils n’emporteront jamais la bienveillance qu’il a manifestée envers les autres, ils n’emporteront jamais non plus le fait que tous ceux qui ont connu Castillo parleront de lui en de bons termes et honoreront sa mémoire.

Le nœud du problème réside dans le fait que depuis 19 ans, je vis confiné dans le couloir de la mort du Texas pour un crime que je n’ai pas commis. Et que vous soyez aussi coupable que le péché ou aussi innocent que l’enfant qui vient de naître, ne vous méprenez pas, ce lieu est un abattoir. La mort y est donnée de telle façon que le public ne voit ni sang ni violence, mais ces diables nous tuent bel et bien. Au cours de ces 19 années, j’ai rencontré certains de mes meilleurs potes et certains de mes amis les plus proches ici, dans le couloir de la mort du Texas.  Des frères qui étaient coupables et d’autres innocents du crime au nom duquel ils avaient été envoyés dans cet enfer sur terre, comme Castillo. De ce fait, je vis en permanence avec l’idée de la mort à l’esprit, et je choisis de me servir de cette réalité comme d’une inspiration pour vivre ma vie du mieux possible, alors que je poursuis mon combat pour la justice et la liberté.

Cela fait 5 mois que nous attendons que le juge du tribunal de première instance rende sa décision dans le cadre de mon appel. Très bientôt, nous connaîtrons la décision que nous attendons tous en notre faveur et cela marquera le début de ma sortie du couloir de la mort du Texas pour de bon.

Le train de la liberté quittera la gare et je serai à bord ! Une fois mon but atteint, lorsque démarrera la deuxième partie de ma vie, libre à tout jamais et loin, bien loin de ce terrible endroit, je savourerai pleinement chaque journée. Je vivrai pour moi et pour mon frère Juan Castillo. Je vivrai pour tous les autres frères qui n’ont jamais eu cette chance et je refuse de les laisser tomber. Ainsi, leur temps passé sur cette terre et leur combat pour la vie et la liberté demeureront pour moi une source d’inspiration. C’est bien le moins que je puisse faire !

Et vous, qu’est-ce qui vous inspire ? Qu’est-ce qui vous donne des ailes, vous pousse à aller de l’avant ? Peu importe de quoi il s’agit, ne lâchez pas ce qui vous inspire et faites en sorte que ce carburant vous pousse à profiter à fond de chaque nouvelle journée !

Amour Paix Espoir et Liberté, bientôt !

Charles D. Flores N°999299

Couloir de la mort du Texas

Le 19 mai 2018.

 

« TIRER PARTI DE TOUTE SITUATION… »

NOUVELLES DU COULOIR DE LA MORT                  5 mai 2018.

« TIRER PARTI DE TOUTE SITUATION… »

« On demanda à un mystique nommé Al Ghazali : ‘qu’avez-vous appris de votre parcours spirituel ? Sa réponse fut : ‘J’ai appris deux choses, d’abord, que le temps est comme une épée, si on ne le découpe pas, c’est lui qui vous découpera en morceaux. La deuxième chose, c’est que si vous ne décidez pas d’œuvrer pour le bien, le mal absorbera toutes vos pensées’ » Auteur inconnu

Cela fait maintenant 17 jours que le couloir de la mort du Texas est en mode confinement et d’après la façon dont se présentent les choses, ce confinement durera au moins 3 semaines, peut-être plus. Ce genre de confinement 24 heures sur 24 dans une cellule de 5,5 m2 atteint les âmes qui sont contraintes de s’y soumettre. Une chose est sûre, tout ce temps passé en cellule vous donne amplement le loisir de cogiter et de réfléchir à la vie en général. Et que l’on se trouve dans le couloir de la mort du Texas ou en France, à Paris, la vie est ce que l’on en fait. Si vous vous autorisez à ne voir que le négatif, que vous ne cherchez pas activement ce qui vous aidera à traverser ce type d’épreuve et que vous ne faites pas ce qu’il faut, alors, les choses seront très difficiles pour vous. Par contre, si vous êtes à l’écoute des leçons que la vie a à cœur de vous enseigner et que vous acceptez la situation telle qu’elle est et que vous faites avec ce que vous avez le mieux possible, alors, vous pourrez voir le verre à moitié plein. Et si vous parvenez à maintenir cet état d’esprit, ce chemin que vous parcourez sera bien plus productif, satisfaisant et vous réservera moins de mauvaises surprises.

Il est une chose dont j’ai pris conscience et que j’accepte comme une vérité absolue dans la vie, c’est que nous traversons tous les épreuves que nous subissons pour arriver à une destination préétablie. C’est surtout vrai pour les personnes soumises à des situations extrêmes, comme vivre dans le couloir de la mort du Texas. Parce que tout revient à ça – maintenant que vous êtes là, qu’allez-vous faire de votre vie ?

Je repense à l’époque où j’avais une vingtaine d’années. Comme le disait mon père, je n’étais pas la même personne ! J’étais une vraie tête de pioche, et parce que j’avais des frères plus âgés qui me provoquaient pour que je me batte (tout ça pour faire de moi un dur à cuire !), je n’avais pas peur de la confrontation physique. Il ne faut pas oublier non plus que je n’ai rien d’un gringalet, ce qui fait que personne ne pouvait me dire quoi que ce soit ni me forcer à l’écouter. Je n’en suis pas fier aujourd’hui. C’est tout simplement le jeune homme que j’étais. Alors, être envoyé dans le couloir de la mort du Texas a été un choc, c’est le moins qu’on puisse dire. Pour la toute première fois de ma vie, je me retrouvais dans une situation où je ne pouvais pas faire usage de la force physique pour régler mes problèmes. Non, au lieu de ça, la vie m’avait forcé à me poser et bénéficiait de toute mon attention. Alors, qu’allais-je faire à présent ?

Je me souviens du moment où j’ai commencé à ouvrir les yeux, où je me suis rendu compte que j’étais quelqu’un que l’on pouvait facilement blesser par la parole, ce qui déclenchait chez moi des accès de violence. C’était une terrible habitude qui me venait de mon enfance. J’ai également commencé à comprendre que je ne détenais pas les réponses, que je n’y arriverais pas seul, que j’avais besoin d’aide. Cette aide, j’allais la rencontrer de toutes sortes de façons, grâce à des amis qui allaient m’apprendre comment faire face grâce à la correspondance, grâce aux livres et même grâce aux paroles de sagesse, comme celle que je partage plus haut.

La première fois que j’ai lu la citation que je vous livre aujourd’hui, j’ai senti un déclic. C’était comme s’il me manquait cette vérité et cette sagesse, et que maintenant que je disposais de cette directive, il fallait que je fasse du mieux possible pour vivre ma vie selon cette maxime. Parce que je me trouve dans une situation où le temps est sans doute la chose la plus difficile à maîtriser. Le temps vous broie alors qu’il s’écoule si lentement ; il ne vous laisse que trop l’occasion de penser et de repenser à tout ce que vous avez perdu, et quand vous êtes enfermé, c’est tout ce à quoi vous pensez, jusqu’à ce que vous vous rendiez compte que si vous continuez, vous allez devenir fou.

Ou bien alors, le temps passe à une vitesse supersonique, les années défilent comme des mois et avant que vous ayez pu vous en rendre compte, tous vos recours ont été épuisés, et ces démons sont en train de vous fixer une date d’exécution pour vous faire disparaître du monde des vivants. C’est le genre de chose qui aura raison de votre santé mentale si vous n’apprenez pas comment vous contrôler et ce faisant, comment contrer cette capacité qu’a le temps à vous couper en deux.

Me mettre à œuvre pour le bien est l’une des meilleures décisions que j’ai pu prendre de toute ma vie. Lorsque c’est le bien qui vous motive, vous attirez naturellement de l’énergie positive dans votre vie. Vous vous guérissez vous-même car l’une des meilleures façons d’aller mieux quand vous êtes blessé et que vous souffrez, c’est de trouver un moyen d’aider les autres. Sans compter que vous ne laissez pas non plus l’occasion au mal de vous consumer.

Je suis infiniment reconnaissant d’avoir pu apprendre ces leçons et de les mettre en pratique dans ma vie et ainsi de trouver le moyen de surmonter ce passage dans le couloir de la mort du Texas et de continuer d’apprendre et de devenir une personne davantage bienveillante.

Après une semaine de confinement dans ma cellule, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, j’ai commencé à remarquer qu’une certaine forme de léthargie tentait de s’installer. J’ai commencé à me sentir apathique, sans énergie, somnolent. Dès que ce phénomène a commencé, j’ai su ce qui se passait. C’était les premiers signes de la « dépression clinique », du fait de mon confinement dans une cage pendant une, deux, et même trois semaines d’affilée. Et j’ai dû faire ce que j’ai pu pour combattre cet état d’esprit délétère. Depuis que je m’en suis rendu compte, je fais de l’exercice physique dans ma cellule pendant au moins 30 minutes chaque jour. Je lis aussi des livres sur la spiritualité/le développement personnel et poursuis ma pratique spirituelle scrupuleusement. La prière et la méditation, c’est pour moi ce qu’il y a de mieux. Je ne crois pas que je pourrais supporter le couloir comme je le fais sans cette pratique spirituelle qui m’aide à garder mon équilibre et à rester maître de moi-même.

Depuis que nous sommes confinés dans des cages comme des animaux sauvages depuis près de 3 semaines maintenant, les stocks de nourriture que la plupart des gars avaient achetés à la cantine sont pratiquement épuisés. Les temps commencent à être durs pour certains des gars qui ne se sont pas préparés au confinement. Grâce à Dieu, pour moi, ça va ; j’ai ce dont j’ai besoin pour survivre. Je dis souvent à mes amis que je suis du genre à prévoir les choses « au cas où », du coup, cela fait plus d’un mois que je me prépare au confinement.

L’un de mes voisins n’était pas tout à fait prêt lorsque le confinement a commencé, cela m’a permis de me montrer généreux et de partager un peu de mes « réserves » avec lui. Nourriture, café, quelques timbres… Bref, ce que les gars du couloir considèrent comme indispensable. Je sais ce que c’est que de devoir faire sans ce dont on a besoin, alors, j’essaie d’aider les autres tant que je le peux, et d’œuvrer ainsi pour le bien. Cela me fait du bien aussi de donner un coup de main à quelqu’un d’autre, c’est une vérité que j’ai apprise il y a longtemps.

Je me souviens que quand j’étais un homme libre, j’étais le genre de gars qui s’arrête pour dépanner un automobiliste immobilisé sur le bas côté. J’avais toujours une chaîne pour le remorquage, une boîte à outils, un cric hydraulique pour soulever un véhicule dont l‘un des pneus était à plat, ainsi que des câbles volants. Alors, s’il nous était impossible de redémarrer le véhicule, on pouvait au moins le déplacer vers un endroit moins dangereux. Cela me faisait toujours plaisir d’aider des gens que je ne connaissais même pas. Et laissez-moi vous dire : on récolte ce que l’on sème. Chaque fois que je me suis retrouvé coincé sur le bord de la route, il ne me fallait pas attendre plus de 5 minutes avant que quelqu’un ne s’arrête pour voir s’il pouvait m’aider.

C’est la même chose ici, dans le couloir de la mort du Texas. Je fais ce que je peux pour aider les autres autour de moi et chaque fois que je me retrouve dans le bloc F ou que je subis des restrictions de cantinage, mes amis se démènent toujours pour m’aider et veiller à ce que j’aie ce qu’il me faut. La vie m’a appris que lorsqu’on aide les autres, c’est comme si l’on faisait des dépôts dans la banque de l’Univers, si bien que lorsqu’on a besoin d’aide, si l’on s’est efforcé de faire des dépôts sous la forme de bonnes actions etc., alors, au moment où l’on aura besoin d’aide, une main vous sera toujours tendue. Sans compter que savoir que d’autres se soucient de votre sort aide à se sentir bien.

C’est comme cela que l’on parvient à s’en sortir face à des situations comme le confinement. On fait attention les uns aux autres et on partage ce que l’on a, sachant que si l’on prend le temps d’agir pour le bien et de s’aider les uns les autres pendant les bons moments comme les mauvais dans le couloir de la mort du Texas, on ne peut pas se tromper.

Charles D. Flores N° 999299

Couloir de la mort du Texas

Le 5 mai 2018.

 

QUI ES-TU?

NOUVELLES DU COULOIR DE LA MORT – Le 6 avril 2018.

QUI ES-TU ?

« Je crois que l’imagination est plus forte que la connaissance,

Que la fiction a plus de force que l’histoire,

Que les rêves sont plus puissants que les faits,

Que l’espoir l’emporte toujours sur l’expérience,

Que le rire est le seul remède contre le chagrin

Et je crois que l’amour est plus fort que la mort » Robert Fulghum, « Le Credo du conteur »

 

Vous êtes-vous déjà réellement interrogé sur qui vous êtes ? Au genre de personne que vous êtes, jour après jour ? Quelles sont les expériences que vous avez vécues qui ont forgé votre personnalité ? A quoi votre enfance a-t-elle ressemblé ? De quoi étaient remplies vos journées d’école quand vous étiez jeune ? Etiez-vous la coqueluche des cours de récré ? Quels genres d’activités extrascolaires pratiquiez-vous ? Qu’aimiez-vous faire après l’école ? Aimiez-vous ces passe-temps ? A quoi ressemblait votre vie à la maison quand vous avez mûri et que vous êtes devenu adulte ? Quels types de relations aviez-vous ? Quel travail avez-vous exercé au cours de votre vie ? Quels sont les événements que vous avez traversés qui ont eu une influence s’ordre psychologique sur votre caractère ? Qui êtes-vous et qu’est-ce qui fait que vous êtes vous ???

Tandis que je m’interroge ainsi aujourd’hui, je me rends compte que lorsque j’étais adolescent puis jeune adulte, j’étais bien incapable de me poser ces questions et plus encore d’y répondre. Après 48 années d’existence, je sais que ce que nous vivons façonne notre personnalité, sachant que nous correspondons à la somme de nos expériences et pour moi, cet état de fait stimule la réflexion.

J’ai toujours été quelqu’un de créatif. Je repense à mes années d’école primaire. Je me remémore à quel point j’aimais lire et écouter les histoires que l’on nous racontait. Je me rappelle qu’une de mes activités préférées, enfant, quand j’allais à l’école, c’était de me rendre à la bibliothèque. Nous étions autorisés à explorer les rayonnages de la partie réservée à la littérature enfantine, et à choisir deux livres à emprunter et à ramener chez soi. J’adorais ça. La bibliothécaire demandait aux enfants de notre classe de s’assoir tout autour d’elle et elle nous lisait une histoire. Quand j’étais jeune enfant, que j’avais entre 8 et 10 ans, ces expériences m’ont profondément marqué. Un monde dont j’ignorais tout m’était révélé grâce aux livres, par le biais d’une histoire que je pouvais imaginer dans ma tête. Pour moi, c’était magique. J’ai appris, à un âge tendre, que l’imaginaire était plus puissant que la connaissance. J’ai aussi appris que la fiction avait plus de force que l’histoire grâce aux récits que j’écoutais et aux sujets dont je m’informais par la lecture, de par la façon dont ils me faisaient voyager vers d’autres époques, d’autres univers et d’autres réalités.

J’y repense aujourd’hui. Combien d’hommes du couloir de la mort du Texas ont recours à leur imagination et à la fiction pour faire face à cette existence de confinement et de solitude qui vous broie l’âme et qu’ils sont contraints de supporter ? En l’occurrence, l’imaginaire est plus fort que la « connaissance » que la personne en question a du fait qu’elle a été condamnée à mourir par injection létale. Les fictions, les légendes qu’elle lit ou écoute à la radio sont plus puissantes que l’histoire qui a abouti à sa condamnation à mort.

J’ai raconté à quelques amis proches ici que lorsque j’étais jeune, la principale raison qui m’ait poussé à fréquenter des types peu recommandables et à me mettre à consommer des drogues et de l’alcool quand j’étais jeune adolescent, c’est le fait que je n’avais jamais eu de rêve. Je n’ai jamais eu de but, d’objectif plus important que toute autre chose dans ma vie, et que j’aurais poursuivi sans rien laisser m’en détourner.

Je ne sais pas vraiment pourquoi je n’avais pas de rêve et donc pas de motivation. Toujours est-il que sans rêve, j’étais comme un navire balloté par les flots sur l’océan, sans véritable cap à maintenir. Ce manque de discipline, cette absence de voie à suivre allait commencer à me coûter cher, car c’était le début du chemin qui allait me mener au couloir de la mort du Texas.

Cependant, une chose incroyable s’est passée lorsque je suis arrivé dans le couloir de la mort. La vie m’a obligé à m’assoir et a obtenu de moi mon attention complète. Elle a commencé à m’enseigner les leçons que j’étais destiné à apprendre, et qui ont donné lieu à un changement véritable et durable. Je suis passé du « mauvais gars » à qui il arrivait de faire deux trois bonnes actions au « chic type » qui, parfois, commet quelques impairs. Et ce faisant, je me suis rendu compte que mon objectif, mon rêve dans la vie était de devenir l’homme que mes parents avaient  souhaité faire de moi grâce à leur éduction. Un être humain fort et bienveillant, qui œuvre pour le bien et réalise ce qu’il convient de faire car c’est la seule chose valable qui soit. Lorsque je me suis rendu compte de ce qu’était mon rêve et de la façon dont ce rêve s’imbriquait à mon combat pour la liberté, j’ai su, sans l’ombre d’un doute, que les rêves étaient plus puissants que les faits.

Avec les rêves vient l’espoir, car ils vont de pair. Je me souviens du jour de mon arrivée dans le couloir de la mort du Texas, victime d’une injustice. Je connaissais la musique : à cause de mon addiction aux drogues, de mes liens avec des personnes peu fréquentables et de ma fuite lorsque les autorités étaient à mes trousses,  fuite motivée par la peur, il était facile pour les procureurs d’obtenir une condamnation à la peine de mort lors du procès.

Ce comportement délinquant avait permis aux procureurs d’induire volontairement en erreur le juge et le jury, grâce aux mensonges de nombreux individus qui ont avancé m’avoir vu avec le meurtrier qui était passé aux aveux dans le cadre de ce crime. Tout en prenant bien soin de passer sous silence le fait que ces personnes faisaient elles-aussi face à des chefs d’inculpation au pénal et que grâce à  ces mensonges et faux témoignages, elles sauvaient leur peau. Et aussi en taisant comment, après avoir fourni aux procureurs les faux témoignages nécessaires, ces personnes ont pu rentrer chez elles et ainsi s’en tirer à bon compte.

Je savais que j’étais victime d’une injustice et me trouvais bien en peine d’expliquer comment cette injustice avait été commise. Malgré tout, je me raccrochais à l’espoir que d’une façon ou d’une autre, un jour, je trouverais la façon et les moyens de prouver que les poursuites engagées contre moi et que ma condamnation était sans fondement.

L’audience en examen de preuves qui s’est tenue fin 2017 dans mon dossier a marqué le début de la concrétisation de cet espoir. Dans le cadre de cette audience, mon espoir que la violation des principes et procédures par les autorités, à l’origine de cette erreur judiciaire dans mon dossier, soit mise à jour a commencé à devenir réalité. Je voulais que l’on sache que si chaque faute, chaque fausse preuve et chaque faux témoignage n’avait pas été mis sur la place publique, c’était uniquement parce que notre capacité à présenter ces preuves factuelles était limitée par les tribunaux.

C’est ainsi que mon espoir a commencé à triompher de ce vécu de condamnation injustifiée.

Le fait est qu’il ne fait pas bon vivre dans le couloir de la mort du Texas. Il y existe peu de choses qui se détachent du quotidien dont on puisse se réjouir ou qui nous donnent le sourire dans ce camp de la mort des temps modernes. C’est pourquoi c’est une bataille de chaque jour de rester positif ici et de conserver sur la vie un regard où le négatif ne l’emporte pas.

L’une des choses qui m’aide le plus ici, c’est de rire. Lorsque je m’applique à passer le meilleur moment possible avec mes amis du couloir de la mort, nous modifions la réalité qui est la nôtre. Nous passons  de la sombre réalité qui veut que la plupart d’entre nous soient à jamais privés de liberté à un monde joyeux et lumineux de rires et d’humour.

Il se peut que nous nous souvenions d’une anecdote amusante ou dingue qu’un autre prisonnier nous a racontée ou qu’il a vécue. Ou encore que nous nous moquions d’un ordre insensé que les gardiens sont contraints d’exécuter à cause leurs supérieurs. Rire et chanter malgré cette tempête qu’est la vie dans le couloir de la mort du Texas casse cette emprise que la souffrance a sur nous. Ces entraves que ces diables nous imposent ne sont rien à côté de la bonne humeur et de l’énergie positive que nous partageons entre nous. J’en fais l’expérience chaque jour que Dieu fait.

Au cours de ces 20 années passées dans le couloir de la mort, j’ai vu certains de mes meilleurs amis disparaître à jamais dans les rouages de cette machine de mort dont nous sommes prisonniers. Des hommes que j’ai aimés comme des frères, des êtres humains forts qui, dans une autre vie, une autre réalité, auraient pu accomplir de grandes choses si on ne les avait pas envoyés dans le couloir de la mort, si on ne leur avait pas ôté la vie au nom de l’(in)justice. L’unique chose qui soit plus forte que leur mort, c’est l’amour qu’ils ont partagé avec les autres. L’amour de leur famille, de leurs amis et l’amour pour un autre avec qui vous avez partagé votre existence en vivant sous le coup d’une condamnation à mort. Même après leur disparition, pendant des années et des années, l’amour qu’ils ont partagé avec les autres demeure. Ainsi, l’amour est toujours plus fort que la mort.

Voilà quelques unes des raisons pour lesquelles je suis d’accord avec le Credo du Conteur de Robert Fulghum et pour lesquelles j’essaie de vivre selon ces préceptes et n’ai d’autre choix que de raconter l’histoire de ma vie et faire du mieux que je puisse, avec les capacités qui m’ont été données.  Parce c’est la moindre des choses.

AMOUR, PAIX, ESPOIR ET RIRES !

Charles D. Flores, N° 999299

Le  6 avril 2018.

Couloir de la mort du Texas.

 

LE COULOIR DE LA MORT DU TEXAS EST IMMOBILISÉ !!!

Des nouvelles du couloir de la mort – le 20 avril 2018.

LE COULOIR DE LA MORT DU TEXAS EST IMMOBILISÉ !!!

Tous les 3 mois, le couloir de la mort de l’unité Polunksy au Texas passe en mode confinement. Un confinement, c’est lorsque que tout mouvement est suspendu et que les détenus du couloir de la mort sont maintenus dans leur cellule. Les promenades sont supprimées et les prisonniers autorisés à se doucher 3 fois par semaine, le lundi, le mercredi et le vendredi. Lorsque l’unité est verrouillée, aucun repas chaud n’est servi, les hommes reçoivent chaque jour à la place 3 repas dans des sacs en papier. On peut trouver dans ces sachets une galette de viande entre deux tranches de pain, un sandwich au beurre de cacahuète et à la confiture et, avec un peu chance, une poignée de raisins secs. Pendant ce temps, les gardiens du couloir de la mort entament une fouille méticuleuse ; ils commencent d’un côté du bâtiment puis progressent vers l’autre côté, en quête d’objets considérés comme interdits. Cette fouille s’applique aussi au corps et à la cellule des prisonniers.

Pour être clair, les responsables de la sécurité de l’unité Polunsky ne donnent aux prisonniers du couloir de la mort aucun préavis ni aucun avertissement signifiant que l’unité est sur le point d’être confinée. D’un jour à l’autre, parfois d’une minute à l’autre, le directeur décide que l’unité sera confinée. Alors, chacun est immédiatement enfermé dans sa cellule et chaque détenu du couloir de la mort sait à quoi s’attendre : une fouille complète !

Etre incarcéré est l’une des expériences les plus traumatisantes que puisse subir un être humain. Lorsque vous être placé en maison d’arrêt ou en prison, votre identité propre (votre nom) vous est retirée et l’on vous attribue un numéro. Une fois, un ami m’a demandé : « que puis-je prendre avec moi si je vais en prison ?! » Sa question m’a fait rire car la réponse c’est : rien du tout, seulement ta carcasse, en tenue d’Adam ! Lorsque vous être enfermé s’enclenche ce processus systématique, fondé sur la peur, de désintégration de votre identité et de votre mode de vie passé. Parce que, pendant toute la durée de votre incarcération, vous êtes littéralement à la merci de vos geôliers. Le respect de l’intimité n’a plus cours une fois que vous êtes arrêté et jeté en prison. Pendant la phase d’enregistrement, on vous ordonne de vous déshabiller complètement pour que votre corps puisse être inspecté, afin d’y trouver d’éventuels objets interdits. Vos vêtements et vos effets personnels vous sont confisqués et on vous donne en échange des vêtements de l’Etat et un numéro d’identification. Si vous refusez cet ordre, les geôliers vont de toute façon vous déshabiller de force, il n’y a donc aucun espoir d’échapper à cette forme extrême de violation de votre intimité.

L’une des pires violations des droits de l’homme que doivent endurer les détenus du couloir de la mort du Texas, c’est la violation de leur intimité. Le confinement et la fouille scrupuleuse qui l’accompagne constituent la forme de violation de cette intimité la plus extrême. Nous savons qu’à un moment donné, les gardiens viendront nous fouiller et ce sentiment de danger imminent a un effet terrorisant sur nous tous – ledit effet étant précisément recherché. Je sais personnellement que l’on me forcera à me déshabiller et qu’ensuite mon corps sera examiné pour y déceler d’éventuels objets interdits. Je serai menotté, les mains derrière le dos, puis on me fera sortir de ma cellule vêtu de mon seul caleçon et d’une paire de chaussures de douche en plastique. Je devrai laisser derrière moi dans ma cellule tout le reste, tout ce qui constitue mon petit univers, pendant que je resterai enfermé dans une cabine de douche de l’autre côté du bloc et qu’un nombre inconnu de diables non identifiés pénétreront dans ma cellule et se mettront à retourner tout ce que je possède. Maintenant, imaginez ce qui se pourrait se passer si l’un de ces diables m’en voulait personnellement !

Pour moi, c’est la forme de violation de mon intimité la plus difficile à vivre ici. Chaque fois que je me fais fouiller, je perds quelque chose. Cela peut être un vieux magazine ou des timbres pour une valeur de 100$ (car les diables vous volent vos affaires !). Je sais, tout simplement, que je perdrai quelque chose chaque fois que je suis contraint de subir cette violation. Si cela se produit, c’est parce que les gardiens reçoivent l’instruction de leurs responsables de veiller à prendre quelque chose à chaque personne fouillée, en application de la tactique de la terreur.

La menace de la perte d’un objet, chaque fois que ces diables s’introduisent dans mon espace personnel, génère de l’anxiété, pour ne pas dire plus. Et qu’est-ce que l’anxiété, sinon la peur de l’inconnu ?! Comment un groupe d’environ 200 gardiens pourrait-il contrôler une masse de plus de 2000 détenus dans l’unité Polunsky, sinon par le recours à la politique de la peur et à la stratégie de la terreur ?

Donc, tout ceci est délibéré et constitue une tactique de manipulation et d’intimidation, dont le but est de maintenir un climat de peur, de sorte que jamais personne n’imagine se constituer en groupe pour amener quelque changement positif que ce soit dans ce camp de la mort d’un nouvel âge. Et nous devons faire face à cette épreuve tous les 3 mois…

Le mercredi 18 avril 2018, les gardiens du premier service sont arrivés à 5 heures 30 et au lieu d’organiser les promenades pour la journée, ils se sont contentés de passer dans les couloirs pour un contrôle de sécurité. Dès ce moment, j’ai su que nous étions confinés et qu’il y avait de grandes chances que ce confinement dure longtemps car cette fois, il était prévu que les détenus de la population générale subissent une fouille méthodique, eux aussi.

La population générale se fait fouiller deux fois par an, ce qui fait environ 2000 prisonniers de plus qui se retrouvent immobilisés. On peut donc dire sans grand risque de se tromper que nous serons confinés pendant 3 semaines.

Je pensais donc à tout ça lorsque je me suis levé, que je me suis fait une tasse de café et que j’ai continué à analyser la situation tout en écoutant les infos du matin à mon poste de radio.

La grande inconnue sur ce point, c’est le fait que les détenus du couloir de la mort du Texas ignorent à quel endroit les gardiens commenceront la fouille. Tout à coup, les gardiens se présentent sur un bloc et informent les gars, qui ont 15 minutes pour se préparer. C’est la roulette russe. Qui sait à quel numéro la boule va s’arrêter ? Et il vaut mieux commencer à se préparer juste au cas où ces diables se présentent sur votre bloc pour vous annoncer que dans 15 minutes, il s’agit d’être prêts !

A 8 heures, le gardien en poste dans le bloc est allé dans la section qui jouxte la mienne et il a hurlé : « Section E ! Levez-vous et préparez-vous pour la fouille ! La fouille commencera dans 15 minutes ! Levez-vous et préparez-vous ! » Mon première pensée fut : « Oooooh, M@&#E! ». Puis, je me suis dit : « il me reste 2 ou 3 heures avant qu’ils se soient là pour me fouiller ! » Et je me suis mis au travail immédiatement.

J’avais déjà réfléchi à ce qu’il me fallait faire pour me préparer à la fouille, et suis resté concentré là-dessus. J’ai bien vérifié que mon nom et que mon numéro étaient inscrits sur tous mes nouveaux livres, mes timbres, mes enveloppes et mes photos. Puis, j’ai commencé à jeter tout ce qui ne m’était pas absolument indispensable. J’avais quelques vieux magazines et journaux à jeter. Tous mes biens personnels (livres, photos, nourriture etc.) doivent tenir dans la caisse de 60 sur 120 cm qu’ils mettront dans ma cellule pour que j’y case toutes mes affaires.

Pendant ce temps, ils se sont finalement rendus à la section F pour commencer la fouille. Environ 15 minutes plus tard, le gardien a hurlé qu’ils arrivaient, que l’équipe chargée de la fouille se tenait dans l’espace praticable autour du piquet de contrôle et 10 minutes plus tard, ils sont allés dans la section F. Prêts ou pas, les voilà !

Pendant ce temps, tous les gars qui dormaient encore dans ma section se sont tout à coup réveillés  et se sont demandés ce qu’il se passait ! Croyez-moi, cela n’a rien de drôle de se réveiller avec la nouvelle d’une fouille imminente, sachant que l’on n’a pas eu le temps de se préparer. Nous avons rapidement expliqué aux gars ce qui se passait et leur avons dit de se préparer ! Les voilà !

Quatre heures plus tard, j’étais prêt. J’avais entassé mes affaires dans cette fichue boîte et ces diables avaient obtenu de moi toute la bonne volonté que j’étais disposé à leur accorder. Je suis resté allongé sur la couchette de métal froid et j’ai attendu leur venue. Ce qui sera volé sera volé, je n’y pourrai rien. Ce fut un moment pesant et chargé de stress pour nous, chacun ressentait au minimum de l’anxiété, voire de la peur. Quant à moi, je n’apprécie pas tout type de situation créée volontairement dans le seul but de me terroriser pour me mater. Mais, j’ai pris une grande bouffée d’air et me suis répété que le bon point, c’est que tout ça serait terminé d’ici quelques heures. Dans quelques heures, ces diables seraient partis. Apparemment, les choses ne traînaient pas, donc je m’en sortirai sans problème. Je me suis rappelé encore de rester concentré sur la récompense, soit la liberté ! Et de ne rien laisser me distraire dans mes efforts destinés à atteindre ce but ultime.

A 13 heures 30, l’équipe chargée de la fouille était à ma section. On m’a demandé de me déshabiller et de tendre mon caleçon et mes chaussures de douche pour le contrôle, puis de les remettre. Après m’avoir menotté, ils ont ouvert la porte de ma cellule. Je suis sorti et le responsable de ces diables a passé un détecteur à métaux portatif sur le devant de mon corps et le long de mon dos, et même sur la plante de mes pieds. Alors, seulement, on m’a fait sortir de la section avec les autres gars de la 2ème rangée, là où se trouve ma cellule. On m’a mis dans une cabine de douche dans la section suivante et on m’y a laissé pendant 45 minutes, le temps qu’ils fouillent toutes nos cellules.

Puis, les gardiens sont revenus, m’ont sorti de la douche et m’ont escorté jusqu’à ma cellule.

Une fois là-bas, j’ai vu toutes mes affaires entassées par terre, au milieu de ma cellule. Pendant qu’ils m’ôtaient les menottes des poignets, j’ai gardé le regard rivé sur le monticule de mes effets personnels, j’ai continué à inspirer l’air profondément et me suis répété : « ce qui est bien, c’est que c’est terminé ! »

J’avais survécu à une énième fouille et j’en ressentis un profond soulagement. Il faut toujours voir le verre à moitié plein dans la vie, du moins, c’est ce que je fais !

Charles D. Flores N° 999299

Couloir de la Mort du Texas

Le 20 avril 2018.

JUAN CASTILLO

Texas Death Row News – le 25 février 2018.

« AIDER UN AMI, JUAN CASTILLO, QUI FAIT FACE A UNE NOUVELLE DATE D’EXECUTION FIXEE AU 16 MAI 2018 »

Je connais Juan Castillo depuis son arrivée dans le couloir de la mort du Texas en 2005. Nous nous sommes toujours bien entendus et je le considère comme un bon ami. Lors que je suis revenu de la maison d’arrêt du comté de Dallas à la fin de mon audience en examen de preuves, j’avais la grippe et on m’a placé dans une cellule à côté de celle de Castillo dans l’aile B. Castillo avait été transféré dans cette cellule après son séjour dans l’antichambre de la mort, suite à son sursis obtenu en décembre 2017. Lors de mon retour à l’unité Polunsky, je ne me sentais pas bien, et lorsque j’en ai parlé à Castillo, il m’a demandé si j’avais des médicaments. Je n’en avais pas. On ne m’avait pas encore rendu mes effets personnels et j’allais devoir encore attendre le lendemain à 16 heures pour récupérer mes affaires. Aussitôt, mon ami m’a proposé des médicaments : des cachets contre le rhume disponibles sans ordonnance, du sirop pour la toux et de l’ibuprofène, pour calmer la fièvre/les frissons dont je souffrais. Comme vous le savez sans doute, le virus de cette année est particulièrement virulent et je me sentais vraiment très mal à mon retour du comté de Dalla, alors,  le fait que mon ami me donne ce dont j’avais le plus besoin, des médicaments, m’a fait chaud au cœur. Grâce à ces cachets, j’ai pu calmer cette fièvre/ces frissons très désagréables dont je souffrais, et j’ai pu commencer à me sentir mieux. Castillo m’a donné ce dont j’avais besoin, sans hésiter une seconde, il me les a proposés  et m’a donné tous les cachets qu’il avait pour m’aider à me sentir mieux. Il n’était pas obligé de le faire. En fait, ici, la plupart des gens ne vous donneraient pas les médicaments qu’ils ont mis de côté en prévision du moment où ils tomberaient malades. Nous devons acheter nos médicaments à la cantine de la prison et ne pouvons le faire que deux fois par mois. C’est pour cela que lorsqu’on en achète, on se les réserve en cas de besoin. Je tenais à le faire remarquer, car Castillo est ainsi – c’est un ami qui se soucie du bien-être des autres.

Cela faisait des années que je ne m’étais pas retrouvé dans la même unité que Castillo et que l’on m’ait attribué la cellule qui jouxte la sienne nous a donné l’occasion d’aborder différents sujets, notamment sa situation juridique. Je suis au courant de son dossier depuis que j’ai fait sa connaissance et d’après ce que Castillo a partagé avec moi, il ne fait pas de doute qu’il est victime d’une injustice. Je savais qu’en fin d’année dernière, il avait reçu un sursis de la part de la Cour d’appel du Texas en matière pénale, et que son affaire avait été renvoyée au tribunal de première instance pour être réexaminée. Cela semblait bien se présenter, et nous pensions qu’au moins, il obtiendrait la possibilité, en toute équité, de faire valoir auprès du tribunal le non-respect de ses droits. S’il en a l’occasion, j’ai bon espoir qu’il obtienne le droit à un recours.

En attendant, je me remettais de cette vilaine grippe. Il m’a encore fallu deux semaines pour me sentir de nouveau plus ou moins en forme. Mais, je dois dire que le temps que j’ai passé loin du couloir de la mort du Texas a fait ressortir toute l’horreur de cet endroit. Il m’a fallu un moment pour  me remettre du choc et me réadapter aux rituels qui rythment mes journées à l’unité Polunsky. Il me faut beaucoup d’énergie et de motivation pour rester positif ici et faire ce qui doit être fait, et je n’en étais pas encore là.

Je me rends compte que les choses sont au beau fixe en ce qui concerne mon appel et, si tout se passe comme prévu, je quitterai cet endroit bientôt. Mais tout cela ne change rien au fait que je suis incarcéré depuis 20 ans pour un crime que je n’ai pas commis, et que je suis fatigué de cet état de fait, de cet endroit. En fait, la seule chose qui pourrait influer sur mon moral, ce serait de gagner ma liberté.

Alors, j’en étais là, et, même si je me sentais un peu mieux, je n’étais pas encore à 100% de ma forme habituelle.

Le vendredi 8 février 2018, j’écoutais l’émission « The Prison Show » sur la station de radio KPFT. Je les entends alors annoncer que la demande de test ADN de Castillo dans le cadre du Chapitre 64 lui a été refusée par la cour d’appel du Texas en matière pénale. Lorsque j’ai entendu ça, j’ai pensé que ces nouvelles n’étaient pas bonnes, mais je ne me disais pas pour autant que la situation était critique pour mon ami. Le lendemain, je lui ai demandé s’il les avait entendus annoncer ce refus dans l’émission Prison Show. Il m’a répondu que oui. S’en est suivie une longue discussion où il m’a expliqué la problématique de l’ADN et, d’après les informations qu’il m’a données, je sais qu’il s’agit d’un point essentiel et je suis persuadé qu’il obtiendra la possibilité d’un recours devant une cour d’un rang supérieur.

On pensait encore que cela allait pour lui, car il existait un autre point essentiel, à savoir le fait qu’il ait été condamné à cause de fausses preuves devant la cour d’appel. Alors, ce n’était pas encore la panique pour mon ami, il n’en était pas encore à se dire « Oh non, j’ai une date d’exécution ».

Lundi matin, le 12 février 2018, Castillo reçoit un  courrier juridique qui l’informe que ses deux requêtes, sur la question de l’ADN et les fausses preuves, ont été rejetées, et que le juge a également signé un nouvel arrêt de mort, suite à quoi une date d’exécution risque d’être fixée. C’est quand il m’a annoncé la nouvelle que je me suis pleinement rendu compte de la gravité de la situation.

Comme chacun le sait, j’ai obtenu un sursis à mon exécution le 27 mai 2016, et, depuis, ma situation n’a cessé de s’améliorer, au point que je ne pense plus aux dates d’exécution, non, je pense au jour où je serai libéré ! Mais, voyant ce à quoi mon ami Castillo  était confronté, j’ai tout à coup été ramené aux cinq premiers mois de 2016, alors que je me trouvais en cellule spéciale, sous surveillance 24 h sur 24, et que tous les autres amis qui s’y trouvaient avec moi étaient eux aussi confrontés à une date d’exécution. Nous avions alors tous échangé sur nos situations juridiques respectives et nous nous étions entraidés pour trouver de nouveaux moyens de nous battre pour notre vie. Si j’ai pu aider quelques hommes, j’ai été forcé de voir, impuissant,  certains de mes frères être emmenés pour être abattus au nom de l’(in)justice.

Le cas de Castillo, qui, soudain, devenait pressant, a eu pour moi l’effet d’un électrochoc et m’a sorti d’une torpeur dont je n’avais alors pas conscience. Ce sursaut a alimenté ce feu qui brûle en moi et qui avait grand besoin d’être ravivé. J’ai alors dit « Pas question ! » à ces diables qui tentent par tous les moyens de nous assassiner, moi et chacun des êtres humains du couloir de la mort du Texas. Et je me suis mis à me battre bec et ongle, une fois encore, pas seulement pour moi, mais aussi pour tous mes frères.

C’est dans cet état d’esprit que j’ai demandé à Castillo de tout me réexpliquer : l’affaire, les enjeux, la façon dont les différents avocats ont soulevé les points litigieux de son appel et je me suis mis à réfléchir à son cas comme s’il  s’agissait du mien. Que dirais-je ? Comment m’y prendrais-je pour expliquer ces questions complexes aux différents avocats et experts auxquels je m’adresserais, pour leur demander de l’aide ? Parce que c’est essentiel – vous devez être capable d’exposer la situation d’une manière concise, et convaincre qu’il y a encore de l’espoir dans votre dossier, à condition d’obtenir les services de représentants juridiques compétents ! Lorsque j’ai partagé ces conseils avec mon ami, je lui ai expliqué ce que je dirais et ce que je ferais si j’étais à sa place. Chaque fois qu’une nouvelle idée ou réflexion me venait, je continuais de les partager avec lui. Je savais que mon ami ne resterait pas longtemps près de moi – le juge avait fixé une nouvelle date d’exécution pour Castillo et d’ici quelques jours, ils l’emmèneraient de nouveau dans l’antichambre de la mort. Chaque heure comptait, car de 8 heures à 17 heures, ces diables pouvaient à tout moment surgir devant la porte de sa cellule et l’emmener ainsi en cellule spéciale avant son exécution.

Le lendemain, le mardi 13 février 2018, Castillo a reçu une visite juridique et on lui a dit qu’effectivement, sa nouvelle date d’exécution avait été fixée au 16 mai 2016. Lorsqu’il est revenu de sa visite juridique, j’avais eu encore d’autres idées et réflexions à partager avec lui et j’avais les coordonnées de personnes auxquelles je lui conseillais d’écrire pour demander une assistance juridique. J’ai également dit à Castillo que j’écrirais à des professionnels du droit avec lesquels j’étais en contact et qui pourraient l’aider et, à défaut, qui pourraient le mettre en relation avec quelqu’un qui pourrait l’assister.

Je me rappelle que dans cette cellule où j’avais été placé avant ma date d’exécution, j’avais écrit un nombre incalculable de courriers juridiques et avais envoyé des liasses de dossiers juridiques, pressant les avocats et cabinets de me venir en aide. Et cela n’avait rien donné            avant que je n’écrive à Greg Gardner, qui, lui, m’avait aidé. Ensuite, ma super héroïne d’avocate, Gretchen Sween, était devenue ma principale avocate et les choses n’ont fait que s’améliorer pour moi. Seulement, tout a commencé avec une seule lettre. Après la centaine de lettres restées sans réponse, j’avais tout à coup un retour, et c’est Greg Gardner qui est intervenu pour me sauver la vie. Je sais d’expérience à quel point il est important de ne jamais renoncer à écrire pour demander de l’aide et c’est ce que j’ai expliqué à Castillo. Je lui ai rappelé que de bien des façons, avoir une date d’exécution peut être une bonne chose, car ainsi, il s’attirera l’attention des avocats de la communauté de ceux qui s’opposent à la peine de mort, et ses chances d’être représenté par des avocats qui sortent du lot s’en trouveront améliorées.

La journée du mercredi 14 février 2018 suit son train-train, et alors que je me trouve dans la salle de jour pour mon moment de promenade, des gardiens viennent chercher Castillo. Nous savions que cela allait arriver et après seulement quelques minutes, les gardiens l’escortent pour quitter l’aile et l’emmener dans l’antichambre de la mort. Alors que Castillo quittait notre division, j’ai glissé la main à travers les barreaux et j’ai serré la main de mon ami. Je l’ai regardé dans les yeux et lui ai dit que je ferais tout ce que je pourrais pour l’aider.

Et j’ai tenu parole. J’ai rédigé des courriers au nom de Castillo, parce qu’il m’est impossible de voir un ami entre la vie et la mort et de rester les bras ballants ; je suis comme ça avec mes amis. J’ai un bon pressentiment quant au cas de Castillo. Je sais qu’il est soumis à un stress intense, alors qu’il est surveillé 24 h sur 24 en attendant son exécution. Mais je sais qu’il fera du mieux qu’il peut. Je continue de réfléchir à son dossier et chaque fois qu’il me vient à l’esprit un nouveau moyen de l’aider, j’interviens dans l’espoir de faire pencher la balance dans le bon sens dans ce combat livré pour la vie de Juan Castillo – c’est bien le moins que je puisse faire.

Charles D. Flores N°999299

Couloir de la mort du Texas

Le 25 février 2018.

 

Si vous pouviez lire dans mes pensées…

NOUVELLES DU COULOIR DE LA MORT DU TEXAS – Le 24 mars 2018.

« SI VOUS POUVIEZ LIRE DANS MES PENSEES… »

Si vous pouviez lire dans mes pensées à l’instant même, qu’y verriez-vous ? Seriez-vous surpris ? Etonnés ? Déçus ? Ou peut-être y verriez-vous une nouvelle façon d’appréhender votre vie et d’y déceler tous les points positifs ?

Ce matin, quand je me suis levé, ma cellule était sombre, baignée de silence et l’air y était frais. A 6 heures, le quartier a commencé à bouillonner d’activité et pendant environ deux heures, les allers et venues n’ont pas cessé, tandis que les gardiens escortaient les gars pour les mener à la douche puis les ramener dans leur cellule. Environ la moitié des détenus de l’aile ont refusé de quitter leur lit pour aller se doucher, sachant qu’aujourd’hui, il n‘y aurait pas de promenade, et ils ont préféré s’octroyer une grasse matinée. Moi, je me lève tôt, parce que la paix et la tranquillité font mon bonheur. Je crois que je serais prêt à parcourir des milliers de kilomètres pour y accéder. Ce silence est l’un des biens les plus précieux que je possède.

Mes pensés vagabondent en tous sens tandis que je m’acquitte des diverses tâches quotidiennes de mon petit univers. C’est le printemps, ce qui veut dire que l’air est chargé de pollen, et que ce pollen parvient à s’infiltrer dans le bâtiment et dans ma cellule. Chaque matin, je nettoie le sol de ma cellule et en essuie les murs pour éliminer la poussière qui s’est déposée sur chaque surface. J’ai mis la radio en fond sonore. J’écoute la radio publique nationale et j’entends le créateur d’Instagram nous expliquer : « Nous avons tous un gros coup de chance au moins une fois dans la vie, et, ce qui est essentiel, c’est de savoir quoi faire de cette chance une fois qu’elle s’est manifestée ».

Ces paroles résonnent en moi et me font me demander : « qu’ai-je fait de la bonne fortune qui s’est manifestée dans ma vie ? » Est-ce que j’ai su parfaitement tirer parti de tout ce qu’il y  a de positif dans ma vie ? Est-ce que je fais tout ce que je peux pour profiter pleinement de la chance/des choses positives/des opportunités qui se succèdent sur mon chemin ?

La réalité de mon existence confinée dans une cellule de 5,5 m2 et le bruit qui s’échappe de mon poste de radio se diluent alors que je m’attarde sur ces questions, que je tente de déterminer si je crois être digne de ce que je considèrerais comme une réussite. Parce que pour moi,  c’est simple, tout se résume au succès, soit, à la liberté retrouvée, sachant que si j’échoue, c’est l’exécution et la mort. Je ne crois pas qu’il existe d’enjeu plus élevé sur lequel miser dans cette loterie que l’on appelle la vie, et cela fait maintenant 20 ans que je joue ce que j’ai de plus précieux.

Bientôt, la lumière du jour s’invite dans ma cellule. Alors, je grime sur ma couchette métallique et me tiens en équilibre sur une haute pile de livres à couverture rigide et regarde à travers la fenêtre de 10 cm sur 90 cm, découpée dans le mur du fond de ma cellule. Je suis surpris de constater que de gros nuages couvrent un horizon chargé et que la pluie menace. A présent, mon poste diffuse de la musique et j’écoute une veille émission qui programme le top 40 du 21 mars 1971. J’adore les vieux tubes et me délecte du groove alors que défilent les titres de la sélection et que je regarde tourner le monde depuis ma fenêtre. Il est maintenant environ 10 heures et je distingue le parking construit devant la prison, par où gardiens et visiteurs pénètrent dans cet établissement pénitentiaire de sécurité maximale, bâti par l’Etat, et où vivent plus de 2000 hommes. Les vastes étendues de gazon viennent d’être tondues et les haies qui bordent l’allée de béton qui mène au bâtiment principal de la prison, à l’intérieur de l’enceinte, ont été impeccablement taillées par les équipes de jardiniers employés par la prison. Je les ai observés à l’œuvre hier.

C’est nouveau pour moi de regarder par la fenêtre. Au cours des dernières décennies, je n’ai que rarement jeté un œil par la fenêtre, parce que je voyais systématiquement un ciel radieux, un soleil éclatant, des oiseaux voleter çà et là, et que j’avais trop envie d’être dehors et de voler librement, moi aussi. Alors, je ne regardais jamais par la fenêtre.

Lundi dernier, j’ai vu un de mes bons amis, Anthony, au parloir et il m’a demandé dans quelle aile je me trouvais. Je lui ai indiqué l’aile et la cellule où j’étais et il m’a alors répondu : « Mais, on peut tout voir de là où tu es ! » J’ai ri et j’ai répondu : « Ouais, mais regarder dehors, c’est pas mon truc ! » Bref, jamais je ne jetais un œil par la fenêtre. J’ai repensé à cet échange pendant 2 jours, puis je me suis dit que je gâchais une belle occasion. Il n’y a que deux unités dans le couloir de la mort du Texas qui aient cette « vue ». Cela correspond à 28 cellules, 14 au rez-de-chaussée, (1 rangée) et 14 au deuxième étage (2ème rangée). Je suis sur la deuxième rangée, soit environ à 6 mètres au-dessus du niveau du sol lorsque je regarde par la fenêtre de ma cellule. C’est le mieux que l’on puisse espérer.

Alors, j’ai installé cette pile de gros bouquins, que je laisse sur ma couchette,  pour me rappeler que je dois me lever et regarder par la fenêtre et voir ce qui se passe ! Et ça marche, je prends maintenant le temps d’observer ce qui se passe dans le monde depuis ma fenêtre.

Je pense que le fait que je SERAI bientôt libre m’aide à comprendre pourquoi je ne le faisais jamais auparavant. Je dois élaborer ces différentes stratégies pour me motiver et me pousser à faire ces choses. Est-ce-que c’est fou ? Est-ce que, après 20 années de mise à l’isolement, j’ai dépassé le point de non-retour ? Ou bien, comme je le dis parfois à mes amis, « est-ce que le couloir de la mort du Texas m’a fait perdre la boule ?! »

Aujourd’hui, le couloir de la mort du Texas ouvrira le parloir à 17 heures 30. Je regarderai par ma fenêtre pour voir arriver les visiteurs. Je n’attends personne, j’ai déjà eu ma visite habituelle cette semaine. Mais peu importe, j’assisterai à cet évènement.

Je peux comprendre l’attrait qu’exerce cette fenêtre. Cela ne m’étonne pas que l’on puisse y passer des heures sans discontinuer. Ajoutez à la vue un peu de musique et vous voilà avec une bande sonore pour accompagner votre journée. La musique a ce pouvoir de vous emmener loin ; les chansons qui défilent vous ramènent chez vous, vous font voyager en un lieu précis, vous font retrouver un moment particulier de votre vie, quand vous étiez heureux et libre, et peut-être même amoureux ! Une chanson peut aussi vous faire revivre la douleur de la perte d’un amour ou d’un ami… Je ne le comprends que trop.

Je repense à la conversation que j’ai eue avec P.G. hier, dans la salle de jour. C’est un frère à l’esprit affûté et nous avons toujours de riches conversations pleines de sens et positives ; j’en ressors toujours en ayant appris quelque chose. Il m’a dit que ça ne rate jamais, quelle que soit la couleur de peau des enfants, chaque fois qu’ils quittent le bâtiment et retrouvent l’allée, ils détalent comme des lapins ! Le chemin file droit et couvre peut-être la distance d’un pâté de maisons, ça fait donc un sacré bout. Alors, j’attends et espère voir ces bambins courir, heureux et libres. On dit que courir, c’est l’expression physique de la liberté et j’en conviens. Je crois que les gamins en ont l’intuition, et lorsqu’ils quittent l’environnement oppressant du parloir d’une prison, ils ressentent ce besoin de se défaire de ces chaînes qui les ont un temps enserrés et de reprendre leur envol. ça, je le comprends à 100% !

Alors que j’observe les enfants sortir du  bâtiment principal, je repense à mes 10 ans. A l’époque, je prenais la route avec mes parents pour rendre visite à mon frère incarcéré. Lorsque ça a commencé, nous vivions dans l’ouest du Texas et il nous fallait rouler plus de 10 heures pour le voir. Alors que j’y repense aujourd’hui, je me dis que je ne connaissais pas vraiment mon frère aîné à cause de son incarcération et à présent, je comprends que nous ne retrouverons plus jamais ce temps perdu.

Est-ce la même chose pour ces enfants qui viennent rendre visite à leurs proches ? Apprécient-ils ces moments au parloir ? Je me rappelle que j’aimais bien rendre visite à mon frère et que je ne voulais pas le laisser dans cette prison au moment de partir. Je voulais le ramener avec nous, à la maison. Est-ce que ces enfants se trouvent confrontés aux mêmes sentiments ? Je sais que dès le moment où mon frère a été incarcéré, du haut de mes dix ans, je me disais que les gardiens, les agents de police, le FBI, bref, tous les flics, quels qu’ils soient, étaient devenus des ennemis. Ils retenaient un membre de ma famille et, que cette détention soit juste ou non, ces hommes ne méritaient que le mépris.

A quel point est-ce que cela a contribué à mon comportement délinquant alors que j’étais mineur, puis, plus tard, lorsque j’étais jeune adulte ? Comment accepter d’enfermer des hommes et des femmes pour une éternité, alors que l’on connait les effets de cette détention sur toute une famille ? Parce que, lorsqu’un membre d’une famille se trouve en prison ou dans le couloir de la mort du Texas, c’est toute la famille qui purge sa peine avec lui.

Puis, je m’éloigne de la fenêtre. On ne m’avait pas menti, j’ai vu deux jeunes enfants sortir du bâtiment puis s’élancer à toute allure sur l’allée. J’ai souri, et même ri, en les voyant. Je leur ai soufflé : « Cours petit frère, cours et sois libre ! »

Maintenant, je réfléchis à ce que je dois faire ce week-end. Mon objectif est le même, je fois écrire un texte par semaine pour mon blog et envoyer plusieurs pages de pensées quotidiennes, et j’ai aussi des lettres auxquelles je dois répondre.

Je cherchais un sujet pour mon prochain texte et la réponse m’est venue grâce à une chanson : « Si vous pouviez lire dans mes pensées » par Gordon Lightfoot. Son titre a atteint la 13ème place au hit parade du mois de mars 1971 et lorsque j’ai entendu ce titre, je savais que je tenais mon sujet ! Cette chanson exprime un amour perdu et elle est très belle. Je l’aime beaucoup !

Comme dit la chanson… Si vous pouviez lire dans mes pensées !

Charles D. Flores N°999299

Couloir de la Mort du Texas

Le 24 mars 2018.

If

Ma religion

DES NOUVELLES DU COULOIR DE LA MORT DU TEXAS – LE 16 MARS 2018

« Voici ma religion, elle est toute simple. Elle n’a pas besoin de temples ni de philosophie compliquée. Notre temple, c’est notre cerveau, notre cœur. Sa philosophie, c’est la gentillesse » Dalaï-Lama

Chacun sait que la vie compte ses hauts et ses bas, ses montagnes et ses vallées. Que l’on soit à l’isolement dans le couloir de la mort du Texas ou que l’on vive à New York City, c’est le lot de chacun. Que l’on ait des millions dans un compte en banque suisse ou que l’on soit un prisonnier sans le sou, on est tous passés par des pics et des creux.

Lorsque je repense à ma vie, je me dis que des hauts et des bas, j’en ai connus un bon paquet, surtout si l’on garde à l’esprit que je suis dans le couloir de la mort du Texas pour un crime que je n’ai pas commis. Et durant ces 20 années d’incarcération, la vie m’a enseigné de nombreuses leçons qui m’ont aidé à tenir bon et à profiter le plus possible de ma vie. Une grand part de ma qualité de vie dépend du point de vie que je porte sur mon existence. Je suis, parce que je l’ai décidé, quelqu’un de positif, d’optimiste et de joyeux, et je m’efforce d’être en paix avec moi-même. Cependant, ce n’est pas toujours facile ; lorsque les gardiens me laissent enfermé dans une cabine de couche de 1,50 m sur 3 pendant une heure de long, je ne suis pas content, et c’est alors difficile de me sentir en paix. Malgré tout, je suis la plupart du temps une personne positive et joyeuse et l’une des clés qui me permet de continuer de voir la vie ainsi, c’est la gentillesse que je manifeste envers les autres.

Comme vous pouvez l’imaginez, ici, nombreux sont ceux qui sont à l’opposé de ce vers quoi je tends. Etre enfermé dans une cellule de la taille de votre salle de bains aura cet effet-là sur vous, surtout si vous n’avez aucune ressource en vous pour aller mieux. Lorsque vous être un prisonnier du couloir de la mort du Texas, sans amis ni proches pour vous soutenir, c’est facile d’être négatif. Lorsque vous laissez les effets secondaires de la mise à l’isolement vous donner envie de vous retirer du monde et de ne jamais quitter votre cellule, alors, vous pouvez devenir cynique et pessimiste, et voir constamment le pire en chaque situation. Et ce qu’il y a de pernicieux là-dedans,  c’est que les diables qui ont créé la mise à l’isolement appliquée au Texas connaissent ses effets sur les personnes laissées ainsi en cage pendant des années, voire des décennies. Car, dans leur esprit, un détenu à l’âme brisée est plus facile et gérer et à maîtriser.

Je connais les effets de la mise à l’isolement sur les détenus. Et malgré ce que je sais, m’efforcer de ne pas laisser ces effets prendre le dessus sur moi relève du combat. Cependant, de nombreux hommes ici n’en ont aucune idée et, de ce fait, ils sont ignorants de ce qui leur arrive. Que vous soyez un prisonnier qui vit ici depuis 25 ans ou un détenu qui vient d’arriver dans le vouloir de la mort du Texas, si vous ne le savez pas, vous ne pouvez pas le deviner.

Depuis mon retour à Polunsky, après mon séjour à la maison d’arrêt du comté de Dallas, j’ai été particulièrement attentif au fait que de nombreux hommes se débattent pour simplement garder la tête hors de l’eau jour après jour ici. Et croyez-moi, je sais pourquoi – ici, c’est l’enfer ! Et, parce que j’en ai conscience, je me fixe pour objectif de tirer avantage de la situation, et, si possible d’aider ceux qui sont autour de moi. Si je suis capable d’œuvrer pour le bien et d’aider ceux qui ont mal et qui souffrent, en même temps que je fais face à mes propres souffrances au long cours, alors, je serai satisfait. Et, ce qu’il y a de merveilleux quand on aide quelqu’un d’autre, alors que l’on a besoin d’aide  soi-même, c’est que l’on ressort tous deux apaisés et un tout petit peu guéris de cet échange.

L’autre jour, je suis allé dans la salle de jour, de l’autre côté de l’aile. J’essaie de sortir de ma cellule au moins quatre fois par semaine, parce que mon cerveau et mon corps en ont besoin. Je passe toujours un bon moment lorsque je quitte ma cellule, et je mets un point d’honneur à sourire et à rire et à m’amuser autant que je le peux. Ainsi, je me sens mieux, car faire marcher les zygomatiques a un effet thérapeutique. Chaque fois que j’ai pu sourire et rire et passer un bon moment avec les gars qui se trouvent ici, je me suis ensuite senti bien.

J’étais donc en pleine promenade lorsque j’ai jeté un œil en direction de l’autre salle de jour et, à ma grande surprise, j’y ai vu un ami prénommé Robert. Ma première réaction fut : « Hé ! Mais qu’est-ce que tu fais là ? ». J’ai dit ça, parce qu’il sort rarement de sa cellule Ce n’est pas un mauvais gars, c’est juste qu’il sort peu et qu’il est renfermé. Alors, ça m’a fait plaisir de voir qu’il était sorti, et j’ai aussitôt commencé à lui parler. On a commencé par aborder mes sujets habituels ici : ce qui nous a occupés ces temps-ci, comment ça va etc. Et, en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, un sourire s’était dessiné sur les lèvres de mon ami, et Robert et moi partagions un moment de rigolade. C’était extraordinaire de le voir sourire, et même rire, et prendre du plaisir, et, pendant ces quelques rares moments, l’ombre et le malheur de ce terrible endroit qu’est le couloir de la mort du Texas se sont fait un peu oublier, et ne restaient que deux amis en train de partager une énergie positive et bienfaisante. A un moment, je le lui ai fait remarquer, je lui ai dit que c’était merveilleux de quitter sa cellule et de discuter avec des amis et de sourire, de rire, bref, de profiter de la vie. Il a acquiescé, et je m’en suis senti très heureux. En un éclair, la promenade était terminée, et je saluai Roberto.

Ce matin, j’ai vu mon ami sortir de sa cellule et se diriger vers les douches. Lorsqu’il m’a vu, son visage s’est éclairé, il m’a souri, et il m’a demandé commet j’allais. Robert avait conservé un peu de cette énergie positive que nous avions partagée il y a quelques jours et cela faisait vraiment plaisir à voir. C’est le pouvoir de la gentillesse à l’œuvre, et cela ne fait que souligner à quel point c’est important pour nous d’être aussi prévenants que possible les uns envers les autres ici.

Il y a un petit nouveau dans mon unité. Il s’appelle Bill. Il est ici depuis novembre, mais je n’ai fait sa connaissance qu’à la mi-janvier, lorsque je suis revenu à l’Unité de Polunsky. Si bien que je n’ai pas eu l’occasion de partager avec lui les conseils nécessaires pour « purger sa peine », les règles de base en vigueur à la prison, ce qu’il faut faire et ne pas faire pour s’adapter et faire en sorte que l’existence se déroule aussi bien que possible. Je crois que c’est naturel pour quelques uns, mais pour d’autres, ce n’est pas le cas, il faut que quelqu’un les guide.

J’ai pu voir comment Bill se conduisait, et je savais qu’il fallait que le lui parle et partage avec lui ce que j’avais appris au fil de ces longues années passées dans le couloir de la mort du Texas. Cet endroit est souvent froid et inhospitalier, et, à cause de petits détails, les autres peuvent se faire une idée négative de votre personne. Si vous décidez de ne pas sortir de votre cellule pour la promenade, les gars vous oublieront. Si vous n’allez pas vous doucher, les gars auront l’impression que vous êtes quelqu’un de négligé et ne voudront pas entendre parler de vous. Si vos vêtements sont douteux et sales, les gars ne vous aimeront pas ; ils diront que vous êtes dégoutant.

Malheureusement, Bill était parti du mauvais pied, à cause de ces petits détails. Toutefois,  c’est quelque chose qu’il peut corriger, s’il le décide, et je pensais à Bill à cause de ça.

Le jeudi,  la promenade se déroule à l’extérieur pour mon unité. Je me trouvais dans ma cellule, en tain d’écouter le tournoi de basket du championnat des universités des Etats-Unis lorsque j’entendis les gardiens, quelques cellules plus loin, emmener quelqu’un en promenade. Lorsque j’ai regardé, j’ai vu que c’était Bill. Lorsque je me suis rendu compte qu’il était allé en promenade, je suis resté en arrêt quelques secondes – je savais que c’était la dernière personne à sortir en promenade et j’avais prévu de rester à l’intérieur pour continuer d’écouter les matches, mais je voyais là une chance de passer le temps de la promenade avec Bill. Donc, lorsque les gardiens sont revenus pour que j’aille en promenade, j’étais prêt et les ai suivis.

C’était une chaude après-midi comme nous en réserve le Texas, la journée était magnifique. Après que les gardiens m’aient ôté les menottes des poignets, et nous aient laissés seuls en promenade à l’extérieur, j’ai engagé la conversation avec Bill. Je lui ai demandé comment il allait, s’il avait besoin de quoi que ce soit…. Il m’a répondu qu’il allait bien et qu’il avait ce qu’il lui fallait. Il a de la famille dans le monde libre, et ses proches sont à ses côtés et le soutiennent. Au bout de quelques minutes, je regarde mon nouvel ami et lui dis, le sourire aux lèvres : « Je suis venu ici pour voir si tu étais fou ou  non ! Et tu n’es pas fou ! » Ha ! Sitôt que j’ai dit ça, nous sommes tous les deux partis d’un grand éclat de rire, et à partir de là, nous avons passé plus de 3 heures ensemble à rire et à passer du bon temps. Ce moment m’a permis de l’informer de quelques principes de base, comme le fait que les gens l’oublieront s’il ne quitte jamais sa cellule pour la promenade. Je lui ai dit aussi que s’il se mettait à penser : « Je n’ai pas besoin de quitter ma cellule, tout ce dont j’ai besoin s’y trouve, pourquoi aller dans la salle de jour ? », ça voulait dire qu’il a besoin de sortir plus que jamais ! Que c’était à cause de l’isolement qui lui perturbe l’esprit qu’il avait des pensées pareilles, et qu’il avait besoin de sortir. Je lui ai suggéré de sortir 2 à 3 fois par semaine et de lier connaissance avec les autres. Je lui ai aussi conseillé de se doucher un jour sur deux, au moins, parce que sinon, les gens risquaient de penser que c’est un malpropre, qu’il sent mauvais. Même chose pour ses vêtements. Je lui ai expliqué comment nettoyer sa cellule au moins un jour sur deux, et, en même temps, de laver ses vêtements avec de l’au chaude et de la lessive qu’on trouve au magasin de la prison. S’il cantine, il aura sa lessive. Il a été attentif à tout ce que j’ai pu partager avec lui ; et il a compris que je lui parlais de tout ça pour l’aider à s’adapter à son nouvel environnement. Je voulais qu’il comprenne tout ça dès le début. En un rien de temps, la promenade était terminée, et nous avons regagné nos cellules. Ma conversation avec mon nouvel ami Bill m’avait fait du bien, j’avais l’impression qu’il avait tenu compte de mes paroles et qu’il convenait que c’était mieux de s’adapter et de s’intégrer à notre univers, à la société du couloir de la mort du Texas.

Alors, j’ai souri ce soir-là ; au moment de la douche, je l’ai vu sortir pour prendre son tour. Je continuerai à aider Bill à tenter de s’habituer à son nouvel univers et à faire ce que je peux chaque fois qu’il aura besoin d’un ami. Je veillerai à être aussi bienveillant que possible avec lui et envers tous ceux que je croiserai. Impossible que les choses tournent mal quand on a pour précepte la gentillesse !

Charles D. Flores N° 999299

Couloir de la Mort du Texas

Le 16 mars 2018.