Nouvelles du couloir de la mort_ 1er Février 2019

« Pour aller à l’étage, on grimpe une marche à la fois. Pas 4 ou 5. On y parvient sans stress si on y va une marche à fois, pas 4 ni 5. Pour cheminer dans la vie, il s’agit de se concentrer sur un pas à la fois. » Révérend Hui Yong Shih.

Vous est-il déjà arrivé de vous arrêter pour songer que le train de la vie nous fonce dessus à toute vitesse, que nous sommes pris dans un tourbillon, à tenter de ne pas se laisser distancer par tout ce qui se passe ? Pour moi, l’année 2018 n’aura été comme aucune autre. L’an dernier à cette époque, j’essayais de me sortir d’une mauvaise grippe et me réadapter à cet enfer sur terre dans lequel on m’avait renvoyé : le couloir de la mort du Texas, après avoir passé plusieurs mois loin d’ici, dans la prison du comté de Dallas. Cette réadaptation s’est avérée si difficile que je ne veux plus jamais quitter ce lieu jusqu’à ce qu’arrive pour moi le moment de m’en aller pour de bon. Pourquoi fut-ce si difficile ? Parce que j’avais l’impression d’être « à la maison » à Dallas et que j’ai dû de nouveau faire face à l’isolement complet. Ma mère venait me rendre visite deux fois par semaine, j’avais accès au téléphone et même à des visites vidéo (pensez à Skype ou à Facetime). Je regardais la télévision, j’avais des contacts avec d’autres prisonniers. Il m’a fallu six mois pour me retrouver et retrouver mon équilibre, sans parler de la folie à laquelle je suis confronté dans ce lieu, ou bien celle de la famille, des amis et du monde extérieur. Le moins qu’on puisse dire, c’est que ce ne fut pas facile.

Et tandis que j’arrivais enfin à retrouver mon état normal et à reprendre ma routine, tout à trac, le juge a rendu sa recommandation erronée concernant mon dossier. Faire face à cette décision et être obligé de revoir mes attentes fut très pénible. J’aurai toujours cette foi et cette certitude absolues qu’un jour je passerai de cette phase de ma vie à la prochaine, quand je serai libre pour toujours et loin d’ici. Mais je dois tenir compte du fait que ça n’arrivera pas forcément aussi vite que je le souhaite. Ce rebondissement redouté dans ma vie m’a remis en mémoire une maxime que nous utilisons ici dans le couloir de la mort : « Espère le meilleur et prépare-toi au pire ». Garder cette attitude nous aide bien dans ce camp de la mort des temps modernes, parce que les monstres qui cherchent à nous éliminer ne plaisantent pas. Ils sont déterminés à nous assassiner tous.

Quand le temps de Noël est arrivé, je me sentais vraiment bien, j’avais surmonté ces déceptions et je ne pensais qu’à passer les meilleures fêtes possibles. Je me sentais heureux, j’étais à la fête et je faisais de mon mieux pour partager ce temps avec chacun(e) en écrivant des lettres et des cartes, quand j’ai reçu la nouvelle inattendue de l’hospitalisation de ma mère en soins intensifs. J’avais peu de détails, juste les informations principales, mais il était clair que maman se battait pour rester en vie. J’ai perdu mon père en mai 2016, exactement deux semaines avant la date d’exécution qui m’avait été fixée, et voilà que je devais envisager de perdre aussi ma mère. Parce lorsqu’on est placé en soins intensifs à 80 ans, rien ne garantit qu’on va s’en sortir.

Alors que je devais tout récemment faire face à ce moment-charnière de ma vie, j’ai beaucoup réfléchi. Sans aucun doute, vivre sous la menace d’une exécution m’a enseigné tant de leçons de vie essentielles. Des choses dont je n’aurais pu me rendre compte nulle part ailleurs. L’une des leçons les plus fondamentales, c’est que l’espoir et l’abattement vont main dans la main. Quand survient la tragédie et que le monde autour de soi semble se désintégrer, on est au bord du désespoir. Et pour être clair, c’est la perte totale ou l’absence de tout espoir. Le désespoir, c’est être à terre, c’est avoir renoncé à la bonté, à la foi et en l’espoir d’une issue positive. Quand on en est là, on a le choix entre se laisser sombrer, laisser cette situation vous briser et ne plus croire en rien de bon, ou bien s’accrocher à ce qui reste d’espérance des deux mains et tenir bon avec toute la force qui est encore en vous. C’est dans ces situations-là que nous voyons de quoi nous sommes faits. Et au final, la vie n’est pas facile, mais notre attitude face aux épreuves de la vie nous appartient entièrement. Comme dit le proverbe : « si la douleur est inévitable, la souffrance, elle, n’est pas obligatoire ».

Exister, respirer, être vivant, cela veut dire faire face à de nombreuses difficultés, y compris la perte d’êtres chers. Et certains pourraient croire que dans ma situation, il serait facile ou même acceptable de vivre une vie de souffrances, d’être perpétuellement triste et malheureux à cause des revers et des malheurs qui n’ont cessé de se succéder.

Ce n’est pas ce que je veux. Vivre dans une attitude d’apitoiement sur soi n’est pas une option. Si je choisissais de ne considérer que ce qui m’est arrivé, oui, ça pourrait me conduire à vivre dans la douleur et le chagrin. Mais quand je regarde autour de moi, je vois tant d’autres âmes qui traversent les mêmes tourments que moi, en quelque sorte. Et quand je regarde le monde, de manière générale, je sais que des populations entières rencontrent toutes sortes de difficultés et de souffrances aussi. Quand je choisis d’avoir un regard plus large sur la vie et que je songe à tous ces aspects, je me rappelle que je ne suis pas le seul être qui souffre. Beaucoup de mes frères et sœurs en humanité vivent la même chose ou pire encore et quand j’élargis mon point de vue, je peux mettre en sourdine ma tendance à m’angoisser, à me laisser aller à la souffrance. Parce qu’après tout, se faire du souci n’aide en rien et ne fait qu’aggraver les choses. En réalité, j’ai énormément de chance, parce que j’ai une famille et des amis qui m’aiment vraiment beaucoup. Et je dirais que leur amour, leur compassion pour moi, est le puits duquel je tire ma force en permanence.

Il est une chose à laquelle il m’est particulièrement difficile de faire face, c’est l’inconnu. Tant d’éléments de ma vie m’échappent et je ne peux pas y faire grand chose. Ce que traverse ma maman l’a souligné davantage. Parce qu’elle était à l’hôpital durant la semaine de Noël et que le couloir de la mort du Texas était en confinement. Pas de visites, pas de courrier, aucun moyen pour qui que soit de me donner des nouvelles de son état. Et chaque soir durant cette semaine, j’ai remercié Dieu/L’Univers qu’aucun de ces monstres ne soit venu à ma cellule pour m’annoncer que ma mère était partie. Voilà comment j’ai vécu cette épreuve.

Cet événement m’a rappelé cette autre leçon : toutes les épreuves que nous traversons jalonnent le chemin qui nous mène à la destination prévue. En ce qui me concerne, la destination finale reste floue, mais je suis engagé sur le chemin à 100 % et j’ai depuis longtemps abandonné à une Puissance Supérieure toute tentative de contrôle de ma destinée. Ce rappel a aussi mis en lumière la nécessité d’un lâcher-prise par rapport à la volonté de tout savoir. Foi, confiance, croyance en ce qui est bon sont alors les maîtres mots. Soit on fait avec, soit en se tait.

Pour moi, garder la foi et croire en la bonté, c’est capital et analyser la situation pour en dégager ainsi des points essentiels m’a aidé à trouver et à garder la paix de l’esprit et à conserver un certain bien-être. Ce qui doit venir adviendra et il n’y a rien que je puisse y faire.

Avance rapide : un mois plus tard, à peu près, je suis heureux d’annoncer le dernier bilan de l’état de santé de maman. Elle est en convalescence et travaille à retrouver des forces, si bien qu’elle sera bientôt capable de rentrer à la maison. C’est tout ce que je sais, et cela me suffit, vous savez. La traversée de cette dernière épreuve m’a rappelé une chose qu’un ami moine Bouddhiste, le Révérend Hui Yong Shih, a partagée avec nous : « Pour aller à l’étage, on grimpe une marche à la fois. Pas 4 ou 5. On y parvient sans stress si on y va une marche à fois, pas 4 ni 5. Pour cheminer dans la vie, il s’agit de se concentrer sur un pas à la fois. »

Alors que je médite cette vérité indiscutable, je constate que, soumis à la pression de 2018, j’essayais de monter les escaliers quatre à quatre. Cela m’a causé un grand stress. Essayer de penser à ce qui pourrait arriver, chercher qui avait dit quoi, où ce voyage me conduirait, tout ça m’occasionnait une très grande tension, beaucoup de chagrin et de douleur ! Pourquoi ? Parce que je ne pensais pas à monter une marche à la fois.

Je suis très reconnaissant d’avoir autour de moi des êtres aussi sages et aussi aimants que le Révérend, et tous les autres qui m’apportent aide et soutien alors que je poursuis mon chemin, parce que la vie n’est pas facile. Mais je vais vous dire une chose : parce que je vis, que j’aime, que je perds ce qui m’est cher, que je m’autorise à ressentir toutes ces émotions, je me cogne parfois. Mais, m’autoriser à ressentir le chagrin, puis attendre qu’il passe, me rend plus fort. Essayer, échouer, et ressentir me permet de rester humain et me donne la possibilité de m’élever, d’être quelqu’un de bon et capable de compassion.

Parce que si nous acceptons d’être malmenés par les épreuves de la vie, comme le métal sur l’enclume, et que nous revenons, encore et encore, résistant au feu puis à la trempe, nous devenons durs et résistants comme l’acier. Et c’est quoi résister ? Être capable de vivre un jour après l’autre, de gravir les marches l’une après l’autre… sans éprouver de stress !

Amour, Paix, Espoir.

Charles Don Flores.

« AVEC CE LANGAGE DE LUNE »

DES NOUVELLES DU COULOIR DE LA MORT                           LE 15 SEPTEMBRE 2018.

« AVEC CE LANGAGE DE LUNE »

Admettre quelque chose.
A tous ceux que vous voyez, vous dites « Aimez-moi ».
Bien sûr, vous ne le faites pas à haute voix, sinon, quelqu’un appellerait les flics.
Cependant pensez-y, à ce grand élan qui nous pousse à créer des liens. Pourquoi ne pas devenir celui qui vit avec une pleine lune dans chaque œil, qui dit toujours, avec ce doux langage de lune, ce que tous les autres yeux dans ce monde meurent d’envie d’entendre?  » – Hafiz

Depuis environ deux jours, je m’interroge sur une question fondamentale : « Qui suis-je ? Quelle est ma nature profonde comme être humain ? Quel est mon rôle dans l’univers ? Comment dois-je vivre ? » Alors que je réfléchis à ces questions et cherche des réponses, il me vient à l’esprit une question plus cruciale encore : « Que veux-je vraiment ? »

Je crois que la réponse à cette question exigera de moi que je plonge en moi-même et analyse mes aspirations, mes espoirs et mes besoins les plus essentiels, que je réfléchisse à ce qui me rend heureux. Parce que nous sommes tous définis par ce qui nous rend heureux et la réponse à cette dernière question m’aiguillera pour répondre à la première.

A première vue, la réponse à cette question pourrait sembler simple ou bien l’on pourrait croire qu’elle est facile à trouver. Nous voulons tous être riches, beaux, minces ou célèbres. Seulement, si l’on creuse ces réponses, une vérité absolue apparaît. Si nous voulons être riches, c’est parce que nous croyons qu’on pourra acheter l’amour. Si nous voulons être beaux et minces, c’est parce que si on est «parfait » physiquement, alors, on trouvera le véritable amour. Et nous désirons être connus pour la même raison, car alors, c’est le monde tout entier qui nous aimera !

Je crois que plus que tout, nous aspirons tous à aimer et à être aimé en retour. Rien au monde n’est plus fort qu’être aimé, qu’avoir un être qui accepte cet amour qu’on a à lui offrir. L’amour est tellement essentiel à notre bien-être que nous essayons de combler le manque en nous si nous en sommes dépourvus grâce à la drogue, à l’alcool, à la nourriture et à toutes sortes d’autres choses… Grâce à l’amour, nous sommes tout et s’il vient à manquer, nous ne sommes rien.

Savoir ce que l’on veut vraiment dans la vie compte énormément pour notre santé en général. Lorsque l’on sait ce que l’on veut vraiment dans la vie, nous nous mettons automatiquement à œuvrer pour le bien, ce qui a des effets bénéfiques à la fois pour soi et pour les autres. Parce que, lorsque l’on sait ce qui nous rend vraiment heureux, il n’y a pas de conflit entre nous et les autres. Et lorsque nous sommes véritablement heureux et aimé, nous avons la possibilité de faire preuve d’amour et de bienveillance envers les autres, même lorsqu’ils cherchent à nous nuire ou qu’ils nous veulent du mal.

A l’inverse, lorsque nous nous méprenons sur nos véritables besoins et que nous pensons que l’envie, l’agressivité, l’indifférence  nous aident à atteindre nos objectifs, alors, nous nous faisons du mal et nous en faisons aussi à ceux qui nous entourent. Croyez-moi lorsque je vous dis cela – je sais de quoi je parle.

Cela fait maintenant 20 ans que je suis dans le couloir de la mort du Texas et lorsque je repense à la personne que j’étais lors de mon arrivée, je ne crois pas que je savais ce que je voulais vraiment ni ce dont j’avais besoin pour être heureux. Et malheureusement, tant d’autres âmes qui souffrent dans cet enfer sont perdues dès lors qu’il s’agit d’identifier leurs désirs ou leurs besoins. Et il est pour ainsi dire impossible de tenter « d’éclairer » un autre gars buté du couloir de la mort du Texas sur ses besoins véritables. On est tous têtus, de vraies têtes de pioche, c’est bien en partie à cause de ça qu’on s’est retrouvé ici.

Découvrir ce que l’on veut vraiment constitue une leçon de vie qu’il nous faut presque toujours apprendre seul. Et avec un peu de chance, à un moment donné, la vérité vient à nous.

Je pense parfois aux liens que j’ai tissés quand j’étais plus jeune, avant d’être envoyé dans le couloir de la mort du Texas. Je repense comment, déjà à l’époque, lorsque j’aimais quelqu’un, qu’il s’agisse d’un membre de ma famille, d’un ami ou d’une petite amie, je me sentais poussé à faire des choses pour lui ou pour elle – pour lui montrer mon amour à travers des actes. Avant même que je sache ce qui se passait,  j’étais déjà poussé par le besoin de tenter d’exprimer mon amour à travers des actes. Pourquoi est-ce que j’agissais ainsi ? Maintenant, je sais que c’est parce que je veux que les autres soient heureux, c’est pour moi un besoin.

Si mes proches sont heureux, alors, je suis heureux et à la base, cette réalité me montre que je suis quelqu’un d’aimant. Qu’en tant qu’humains, nous sommes des êtres aimants parce que la quasi-totalité de l’humanité partage ce sentiment, à des degrés divers. Alors, c’est vrai pour la société dans laquelle on vit, que ce soit dans le monde libre, dans notre communauté, ou ici, dans ma microsociété, dans le couloir de la mort du Texas. Et qu’est-ce que cela nous dit sur nous-mêmes ? Que nous ne sommes pas isolés et que notre bien-être et que celui de ceux qui nous entourent sont interdépendants.

Voilà les conclusions auxquelles j’arrive alors que je réfléchis à la vie dans le couloir de la mort du Texas. Chaque jour, je tente de vivre ce que je prêche, soit la bienveillance et la compassion. Et comme vous pouvez l’imaginer, là où je vis, il y pas mal de chacals qu’il est extrêmement difficile d’aimer et auxquels il est très compliqué de montrer de la bienveillance ou de la compassion. Et il en est quelques uns que je n’aime pas du tout. Mais c’est ainsi que fonctionne le monde en général – c’est facile d’aimer ceux qui nous aiment en retour. Ce qui forge le caractère, c’est de montrer de la bienveillance et de la compassion à ceux qui rendent cette tâche ardue et de ne pas tenter de nuire ou de vouloir du mal à ceux que l’on n’aime pas. A la place, j’essaie d’être le meilleur possible chaque matin en démarrant la journée par de la méditation et des prières. J’envoie  à chaque âme qui souffre dans le couloir de la mort du Texas comme dans tous les couloirs de la mort du monde une énergie positive et apaisante et la force et le courage de surmonter ce qu’ils traversent. Puis, j’envoie cette même énergie aux personnes du monde libre. Et cette démarche modeste renferme un incroyable pouvoir de guérison. Ses bénéfices sont doubles car cette énergie aide ceux à qui je l’envoie, amis ou ennemis, et elle m’aide aussi moi, parce que ce qui vous fait du bien me fait du bien à moi aussi.

Ce monde serait globalement plus vivable si on était davantage à apprendre à communiquer avec ce merveilleux et incroyable langage de lune !

AMOUR, PAIX ET ESPOIR !

Charles Don Flores N°999299

Couloir de la mort du Texas

Le 15 septembre 2018.

Note : Hafiz est un poète, philosophe et mystique persan qui vécut au 14ème siècle à Chiraz. Il est connu pour ses poèmes lyriques, les ghazals, qui évoquent des thèmes mystiques du soufisme en mettant en scène les plaisirs de la vie.

On peut interpréter le poème de Hafiz comme la tendance que nous avons à chercher l’amour dans le monde & l’invitation à être aussi celui qui offre l’amour, à être la lune qui brille avec la lumière abondante du soleil.

 

NOUVELLES DU COULOIR DE LA MORT DU TEXAS – le 2 septembre 2018.

NOUVELLES DU COULOIR DE LA MORT DU TEXAS – le 2 septembre 2018.

« Il ne sert à rien d’attendre l’inspiration. Il faut aller la chercher avec un gourdin. » – Jack London

C’est dur d’être un humain. Que l’on vive une existence privilégiée, dans le luxe, ou que l’on se trouve confiné dans le couloir de la mort du Texas, on reste soumis aux mêmes aléas : le vieillissement, la maladie et la mort. Je n’ai jamais bénéficié de privilèges ni vécu dans le luxe, alors, je ne peux qu’imaginer ce que ce doit être, mais j’ai une connaissance intime de ce qu’est la vie dans le couloir de la mort du Texas. Car je suis un détenu du couloir de la mort du Texas. Les meilleurs jours, faire face à la réalité de ma détention dans ce camp de la mort d’aujourd’hui relève du défi. Les pires jours, cette situation est propice à l’éclosion d’une véritable crise.

Comme nous le savons tous, il est extrêmement difficile de préserver notre capacité à fonctionner en plein milieu d’une crise. En ce qui me concerne, la moitié du temps, j’ignore la cause de la crise que je subis. Cela peut être une bien mauvaise surprise qui m’a pris de court, mais ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. Sous la surface fourmillent tout un tas de traumatismes non résolus, de la peur, de l’anxiété, de la fierté et du stress.

Et laissez-moi vous dire, c’est souvent difficile de comprendre ce qui se passe lorsque vous vivez à l’isolement – coupés des êtres que vous aimez le plus et en qui vous avez le plus confiance. Il n’est pas une âme dans le couloir de la mort du Texas qui ne souffre de traumatismes et de problèmes non résolus. Et même si l’on avait un milliard de dollars et que l’on jouissait de tout ce dont on peut rêver dans le couloir de la mort du Texas, on serait chaque jour soumis à des événements traumatisants. On se trouve dans un abattoir où les gens que l’on connaît, dont de nombreux détenus que l’on considère comme des amis, sont assassinés au nom de l’(in)justice. Mais je m’égare…

C’est un fait : notre cœur recherche le bonheur, nous aspirons à être aimés des autres et à les aimer. Seulement, lorsque les choses dérapent, on est contraint de mettre en place des stratégies de survie pour nous protéger de la douleur. L’un des moyens de défense les plus communs consiste à dresser des murs tout autour de notre cœur pour éviter de continuer de souffrir. Mais cette stratégie entraîne de nombreux « effets collatéraux » négatifs : on devient insensible et replié sur soi ou triste et déprimé. Ou bien on est anxieux, on a peur, on est en colère et on est agressif.

Il est facile de décrire ce qui se passe quand on n’est pas pris dans ce terrible cycle qui, pour moi, comporte tous les aspects que j’ai cités. Lorsque je me retrouve au cœur d’une crise majeure, je suis complètement désemparé ; c’est comme si j’étais au beau milieu d’une gigantesque tempête de sable et que je ne pouvais rien voir ni rien entendre ni rien sentir. Quand cela arrive, mes défenses fonctionnent à plein régime et mon cerveau et mon corps sont inondés d’adrénaline – je suis prêt à fuir ou à me battre. Et ceux qui me connaissent bien savent que je ne suis pas du genre à prendre mes jambes à mon cou.

Au cours des quelques derniers mois, c’est comme si j’avais perdu ma voix. Ceux qui suivent sauront que je n’ai pas publié de nouveaux billets ces derniers temps. Pour que je sois en mesure d’écrire, je dois avoir la pleine maîtrise de mes capacités pour atteindre et conserver toute l’attention, l’énergie et la motivation dont j’ai besoin pour partager mes pensées sous une forme écrite. Si je ne suis pas dans cet espace, alors le puits est à sec.

Lorsque le puits est à sec pour moi, cela veut dire que je vis une vraie crise, qu’il me faut trouver le motif de cette nouvelle catastrophe et y faire face sans attendre. Parce que, peu importe ma colère ou mon traumatisme, je ne peux pas me figer sur place. Je ne peux pas rester silencieux, engourdi, triste et déprimé. Non, je dois créer en moi un espace pour prendre de la distance par rapport au problème et m’y confronter. Je dois tenter d’éclaircir ce qui s’est manifesté dans le monde extérieur et qui est à l’origine de cette spirale destructrice et tenter de le résoudre. C’est le minimum. Parce que mes actes sont le socle sur lequel je m’appuie et que je dois à tout prix mettre fin à l’emballement, me ressaisir et être présent à ce qui est en train de se passer – et ensuite résoudre le problème.

Je repense aux 20 années qui se sont écoulées depuis le début de mon incarcération dans le couloir de la mort du Texas et à la façon dont « l’école de la vie » n’a cessé de m’enseigner les leçons dont j’aurais besoin pour survivre. Je reste reconnaissant de cette expérience vécue dans cette existence parce que sans elle, je n’aurais pas pu apprendre ces leçons essentielles. L’une de ces leçons, c’est que Dieu/l’Univers fait toujours attention à notre situation. Il sait quand tu es blessé mais continues de participer au « jeu de la vie ». Et lorsque tu es blessé, lorsque tu souffres, l’une des meilleures choses que tu puisses faire, c’est d’aider une autre âme en peine. Si on peut s’élever à ce niveau, on aura accompli quelque chose de formidable et l’on en ressortira tous deux guéris, parfois juste un peu, parfois considérablement. On ressortira de cet échange plus fort l’un et l’autre.

Il y a peu de temps, une amie très chère a subi une grande perte dans sa vie et ce n’est pas facile pour elle. Or, lorsqu’elle est confrontée à des difficultés, moi aussi, je me sens concerné. Et ma nature est telle que je dois aider les gens que j’aime, je suis comme ça, c’est aussi simple que ça. Cela fait environ un an maintenant que l’une de mes meilleures amies et moi discutons d’un projet d’écriture. Il y a peu, elle m’a demandé d’écrire pour elle le descriptif des personnages principaux de notre livre, pour lui occuper l’esprit et lui éviter de trop cogiter sur le reste, et j’ai accepté. A ce moment de ma vie, j’avais des hauts et des bas, mais j’étais un peu cachotier et n’en parlais à personne, parce que je suis un ours dur à cuire, pas vrai ?!! A ce moment précis, je n’étais pas en mesure d’écrire parce que je ne parvenais pas à trouver ma voix. Et la vie a continué à m’apporter son lot de bonnes et de mauvaises nouvelles, et puis, mon amie a subi cette grande perte et savoir à quel point elle souffrait m’a beaucoup affecté. Il était pour moi inacceptable de ne pas trouver un moyen de l’aider. Peu importe que je n’aie pas le moral, peu importe que j’aie l’impression d’être le plus malheureux de la terre, il FALLAIT que je sois là pour mon amie.

Alors, je m’y suis mis. Je me suis installé à ma machine à écrire et j’ai commencé à lui décrire les personnages. La première biographie de personnage que j’ai écrite faisait 6 pages. La suivante 5 pages et je n’en revenais pas : une fois lancé, l’histoire est vraiment venue toute seule. C’était génial ! Et c’était encore plus génial de me dire que ma précieuse amie aurait ce qu’elle m’avait demandé et qu’elle pourrait se concentrer sur notre projet et éviter de ruminer.

Et une chose étonnante s’est produite une fois que j’ai été capable d’aider mon amie alors que je souffrais : j’ai commencé à aller mieux. J’ai créé l’espace dont j’avais besoin pour établir ce qui n’allait pas chez moi. La réponse n’a rien d’inédit, en résumé, c’est le fait de ma détention dans le couloir de la mort du Texas depuis 20 ans. Les problèmes surviendront toujours, c’est comme ça, c’est la vie, rien d’étonnant à ça.

Il y a environ 3 semaines, moi et les autres gars de ma section de l’unité B avons gagné le gros lot à « qui-gagne-perd » ! Nous avons tous été transférés à l’unité A. Nous sommes passés d’une zone à la température fraîche à une zone étouffante, sachant que le soleil se couche sur le mur qui se trouve à l’arrière de notre bâtiment. L’antenne radio ne fonctionnait pas et je me trouvais très précisément à trois mètres de la zone réservée aux condamnés dont la date d’exécution a été fixée. Cette section est contiguë à la nôtre.

Sur le moment, c’était l’horreur, c’était tout simplement insupportable. J’ai passé 5 mois dans cette zone en 2016 et c’est bien le dernier endroit où j’ai envie de me trouver, le dernier endroit où j’ai besoin de vivre. Ceci dit, jour après jour, les choses ont commencé à s’améliorer. Le système de refroidissement de l’air a été réparé, si bien que je ne suis plus obligé de dormir sur le sol de béton pour ne pas suer toute la nuit durant. Puis, ils ont fait en sorte que l’antenne radio fonctionne à peu près correctement. Ces améliorations m’ont aidé à prendre de la distance et à mettre en perspective mes soucis. Par rapport à ce que subissent mes frères dans l’antichambre de la mort, ma situation est gérable. Bien sûr, ça craint, mais je peux y faire face, et c’est ce que j’ai fait. J’ai intensifié mes efforts pour conserver mes exercices spirituels : la méditation et la prière. J’ai fait plus d’exercice physique et me suis appuyé sur le fait que j’avais réussi à retrouver ma voix pour ma précieuse amie. Et même si ma voix n’est pas parfaite, malgré le côté laborieux de ce dernier billet, ma voix est bien là et j’en suis heureux. Je me rappelle sans arrêt la chance que j’ai et suis extrêmement reconnaissant de tous les aspects positifs de ma vie. Parce que je ne peux pas me tromper si je vis dans la gratitude, et vous non plus.

Et puis, vous savez, parfois, cela ne sert à rien d’attendre l’inspiration ou la réponse à vos malheurs, il faut aller les chercher avec une masse !

AMOUR PAIX ET ESPOIR !

Charles D. Flores #999299

Couloir de la mort du Texas

Le 2 septembre 2018.

Méditations sur la maison d’arrêt du comté de Dallas – 9ème partie – 2 Décembre 2017.

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Méditations sur la maison d’arrêt du comté de Dallas – 8ème partie – 30 novembre 2017.

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Méditations sur la maison d’arrêt du comté de Dallas – 7ème partie – 29 novembre 2017.

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Méditations sur la maison d’arrêt du comté de Dallas – 6ème partie – 27 novembre 2017.

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Méditations sur la maison d’arrêt du comté de Dallas – 5ème partie – 25 novembre 2017.

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Méditations sur la maison d’arrêt du comté de Dallas – 4ème partie – 24 novembre 2017.

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Méditations sur la maison d’arrêt du comté de Dallas – 3ème partie – 22 novembre 2017.

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