Dans l’attente… 25 juillet 2017

Dans l’attente….                                                                                           Le 25 juillet 2017,

 

« Si vous en parlez, c’est un rêve, si vous l’envisagez, c’est possible, mais si vous le programmez, c’est réel ». — Anthony Robbins

[Charles Don Flores est un homme innocent d’origine mexicano-américaine, qui se trouve dans le couloir de la mort du Texas pour un meurtre avoué par Rick Childs, homme blanc qui a plaidé coupable et a été condamné à une peine de 35 ans de prison. Après avoir passé 17 ans derrière les barreaux, Rick Childs a bénéficié d’une libération conditionnelle et, aujourd’hui, c’est un homme libre.]

En 1999, j’ai été jugé coupable et condamné à mourir pour un crime qu’un autre individu a avoué et pour lequel il a plaidé coupable. Après ma condamnation, j’ai été envoyé dans le couloir de la mort du Texas, pour y être détenu jusqu’à ce que ma peine puisse être mise à exécution. J’y vis depuis 18 ans, dans une cellule de 2,7 m x 3,6 m, pour un crime que je n’ai pas commis. Je repense à mes premiers instants ici, voici près de 20 ans, et aux hommes que j’ai rencontrés, et qui m’ont conseillé de recoller les morceaux de ma vie et d’en profiter coûte que coûte. C’est à ce moment-là que le rêve à commencé à prendre forme dans mon esprit, et que j’ai commencé à en parler. J’ignorais comment le concrétiser, mais, à compter de ce moment, j’étais déterminé à accomplir ce rêve.

Je suis surpris de constater que, malgré ce piège qui venait de se refermer sur moi, piège qui m’avait mené tout droit au couloir de la mort, Dieu ne m’avait pas abandonné. Non, loin de là, puisque j’ai commencé à faire la connaissance de personnes extraordinaires qui deviendraient les meilleurs amis que j’ai eus de toute ma vie. Le premier de ces amis fut Christophe Naud, qui vit à Thonon-les-Bains. Au début des années 2000, j’avais une poignée d’amis et Christophe est entré dans ma vie et, avec lui, tous mes amis d’ACAT. Grâce à Christophe, j’ai fait la connaissance de Blanche, de Julienne, d’Anne-Marie, d’Agnès, de Sergine et d’André – et j’en oublie ! Ces amis merveilleux et membres d’ACAT ont commencé à parler de mes espoirs et de mes rêves avec moi et, ensemble, nous avons commencé à les concevoir.

Nous avons commencé, ensemble, à faire le projet de concrétiser ce rêve, et nous avons même pensé que nous tenions le bon bout et qu’avec les nouvelles décisions prises par la Cour Suprême des Etats-Unis dans les affaires Martinez et Trevino*, nous pourrions voir ce rêve commencer à se réaliser. Puis, 2014, la pire chose possible est arrivée, la cour d’appel au niveau fédéral m’a refusé mon appel fédéral, et ledit refus a entraîné celui de la cour d’appel du cinquième ressort. Puis, la plus haute instance, la Cour Suprême des Etats-Unis, a refusé mon appel. Peu de temps après, je recevais une date d’exécution fixée au 2 juin 2016.

C’est alors qu’a commencé la période la plus difficile, la plus douloureuse et la plus angoissante de ma vie. C‘est à ce moment de l’histoire que tous mes amis en France et partout dans le monde se sont réunis autour de moi et n’ont cessé de me témoigner leur affection, de me transmettre leur force et de me montrer leur compassion. A tel point qu’alors que l’ennemi aurait pu penser que jamais je n’avais été aussi faible, j’étais en fait plus fort que jamais, j’étais aussi fort que 100 ours réunis ! Pendant les 5 mois qui ont suivi, j’ignorais si j’allais vivre ou mourir. Cela dit, mon intuition me disait que je m’en sortirais ! Je savais que j’avais d’innombrables amis et soutiens qui m’aidaient, qui étaient à mes côtés, et, surtout, que Dieu était avec nous. Je repense à cette époque de ma vie, et comment, lorsque je sentais l’angoisse m’envahir et mes forces me lâcher, je pensais à tous ceux qui étaient avec moi ; c’est à cette source d’amour et de compassion que je suis allé puiser la force de continuer. Pour être clair, ces 5 mois que j’ai passés dans l’antichambre de la mort, où j’ai vu 6 de mes frères être emmenés pour être assassinés au nom de la justice, et où mon père est décédé 14 jours avant la date prévue de mon exécution, ont été extrêmement traumatisants. Me retrouver à 6 jours de mon propre assassinat décidé par vengeance m’a laissé des troubles post-traumatiques dont je me remets seulement maintenant. Je pense à ce qui m’a permis de ne pas craquer, à ce qui m’a donné la force de poursuivre le combat pour ma vie. Ce qui m’a aidé, c’est de savoir que vous ne m’avez jamais laissé tomber, c’est de n’avoir jamais oublié que je n’étais pas seul, que tous mes amis et que tous mes soutiens, qui faisaient ce rêve avec moi et continuaient d’imaginer avec moi que je puisse un jour quitter ce camp de la mort, ne m’avaient pas laissé de côté.

Et vous savez quoi ? Dieu aussi était à l’écoute et ce qui est arrivé ensuite est un miracle, pas moins :   alors que j’avais moins d’une semaine à vivre, je me suis vu accorder la chance unique de prouver que j’avais été condamné à tort et que je suis innocent, grâce à une audience en examen de preuves désormais prévue pour le 11 octobre 2017** ! Ce miracle a eu lieu car nous avons tous ensemble rêvé de cet incroyable dénouement, nous l’avons imaginé ensemble et nous avons orienté nos pensées et nos prières vers cette issue.

Comme je l’ai déjà dit et comme je continuerai à le dire, cela n’aurait pas été possible si j’avais été seul. J’aurais été exécuté le 2 juin 2016, jour que l’Etat du Texas avait fixé pour que je meure pour un crime qu’un autre avait avoué. Si chacun et chacune d’entre vous ne m’avait pas porté dans ses pensées et ses prières et n’avait pas fait tout ce qu’il faut pour me soutenir, comme vous continuez de le faire, je ne serais plus qu’un souvenir à l’heure d’aujourd’hui. De cela, je vous remercie encore et vous serai éternellement reconnaissant !

Je suis tombé sur la citation mise en exergue de ce texte il y a peu et c’est pour moi une vérité absolue, une vérité que je reprends à mon compte et qui me guide dans ma vie.

Ensemble, nous avons rêvé nos buts à atteindre, puis nous les avons envisagés, nous les avons rendus possibles, et aujourd’hui, pour parachever la concrétisation de ce miracle qui nous attend, soit, la justice et la liberté, nous programmons ce rêve. Je propose que nous retenions tous la date du 5 septembre 2018  pour commencer à célébrer ma libération! Grâce à vos pensées, vos prières et votre soutien renouvelés, désormais axés sur cette date précise, l’issue de l’audience ne fait aucun doute. Dans un an environ, je vivrai la deuxième partie de ma vie, qui, nous l’avons programmé, commencera le 5 septembre 2018. Ces 20 années passées dans le couloir de la mort du Texas seront un lointain souvenir et je passerai les 40 prochaines années de ma vie libre ! Je le vis, le ressens dans l’air que je respire, j’y crois et j’ai une foi absolue en cette issue. Et, avec vous et Dieu à mes côtés, qui peut espérer nous arrêter ? Personne !

AMOUR PAIX ESPOIR ET LIBERTE !!!

Charles D. Flores

*Décisions où la Cour a conclu qu’un vice de procédure ne saurait empêcher un tribunal fédéral examinant les requêtes en habeas corpus (qui soulèvent le non-respect des droits constitutionnels du prévenu) d’entendre une demande fondée, s’appuyant sur une défense inefficace lors du procès si, dans la procédure parallèle d’examen initial, un avocat n’était pas présent ou si l’avocat a été inefficace

**  L’audience en examen de preuves de Charles Flores, qui devait initialement démarrer le 5 septembre 2017, a été reportée au 11 octobre 2017 pour se plier au planning d’un des témoins experts qui témoignera lors de l’audience.

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