Journal: 8 & 10 oct. 2017

Dimanche 8 oct., 21 heures – Le week-end aura été pour moi riche en événements et en émotions. Ce qui m’a le plus emballé, ce sont les matches de football américain enchaînés les uns à la suite des autres tout le samedi et tout le dimanche. J’ai même réussi à voir entre deux matches un peu de foot « classique » : l’équipe nationale du Mexique a remporté un match de qualification contre Trinité-et-Tobago. Pour moi, ce séjour à la prison du comté de Dallas, après l’unité de Polunsky, c’est comme des vacances. Nous (les 23 autres gars et moi) avons même regardé Jean-Claude Van Damme, star des années 90, dans le film Kickboxer », et, de voir à quel point les scènes d’action semblaient fausses aujourd’hui nous a bien fait rire.

Aujourd’hui, j’ai eu la visite d’une charmante amie prénommée Kay, et j’ai adoré échanger avec elle les dernières nouvelles et être « chez moi », à Dallas, pour le faire. Ensuite, j’ai passé environ 2 heures avec mon équipe juridique et tout ce que je peux dire, c’est que le plan général est prêt et que le procureur du comté de Dallas ferait bien de s’inquiéter, car nous sommes sur le point, enfin, de mettre au grand jour les fautes qu’il n’a cessé de commettre. Tout ça est très encourageant pour moi, c’est un rêve devenu réalité. Je repense au moment où cette épopée a débuté, en 1999, et à la façon dont moi-même et mes proches avons été traités par ces personnes qui ont un véritable pouvoir de vie ou de mort sur nous. Bientôt, tous ces gens répondront de leurs méfaits. Oui, Dieu est bon et il est grand. Je suis si reconnaissant de la chance que j’ai.

Il est prévu que l’audience démarre le mardi qui vient et se prolonge tout au long de la semaine. Ce seront pour moi de longues journées, mais je suis prêt ! Oh que oui !

Mardi 10 oct., 20 heures. Ma journée a démarré à 3 heures 30 du matin. J’ai réussi à dormir 3 heures la nuit dernière, c’est mon temps de sommeil nocturne moyen, depuis mon retour au comté de Dallas. A 8 heures, je me trouvais dans la cellule de la «district trial court », prêt à entamer la première journée de la seconde partie de ma vie. L’huissier est un homme aimable et courtois, son attitude est complètement à l’opposé de celle des gardiens du couloir de la mort du Texas. Cet homme-là me traite comme un être humain et je lui en suis reconnaissant. J’avais oublié ce que c’était, que d’être considéré comme un être humain.

Alors que l’audience est sur le point de commencer, l’huissier m’entrave les chevilles et me fait entrer dans la salle d’audience – le match peut commencer ! Il doit y avoir environ 20-25 membres de ma famille, amis et soutiens qui sont assis juste dernière la table des membres de la défense, dans la partie droite de la salle d’audience. Toutes ces personnes se sont déplacées pour me soutenir – et pour montrer à l’Etat du Texas que ma vie compte. Oui, la vie d’un homme innocent compte beaucoup. Au début, lorsque j’entre dans la salle d’audience, tout se brouille, puis j’aperçois ma mère, alors, je ne la quitte plus des yeux et lui fais un signe de la main pour lui dire bonjour.

L’audience commence par une présentation Power Point préparée par mes avocates. Ce Power point met l’accent sur l’absurdité de ma condamnation et de ma peine, je suis bouche bée. Mon équipe de défense, à savoir Gretchen, avocate principale, Carlotta, son adjointe, Aggie, enquêtrice et Megan, assistante, amie, stagiaire et étudiante à la faculté de droit d’Harvard et aussi technicienne, chargée de faire défiler les slides, sont extraordinaires. Ces dames sont un concentré de pouvoir au féminin et, à mesure que se déroule mon audience, je réalise à quel point elles forment une équipe de choc. Je les aime toutes beaucoup.

Notre premier témoin est le témoin hypnotisé, Jill Barganier. Gretchen est on ne peut plus prête et, au cours des 4 heures qui suivent, elle démonte point par point le témoignage de ce témoin. L’un des points clés du témoignage de Mme Barganier est constitué par le faux souvenir de la croyance absolue qu’elle a « croisé le regard » du suspect, qui, selon ce qu’elle a affirmé plus tard, n’était autre que moi. C’était un témoignage implacable puisqu’elle a affirmé qu’elle était sûre à plus de 100% que j’étais la personne qu’elle pensait avoir vue le matin du meurtre. Cependant, lorsque Gretchen a lancé l’enregistrement vidéo de la séance d’hypnose pour le juge, cette conviction ne figurait pas dans la vidéo. En fait, il n’existe aucune preuve attestant que Jill Barganier en ait parlé à un moment quelconque à la police – c’est en réalité quelque chose qu’elle a inventé.

Mais, l’argument décisif, c’est ce que ce témoin affirme à la barre : « je ne sais pas si j’ai imaginé avoir croisé le regard du suspect ou si c’est vraiment arrivé ! » J’ai cru que les yeux du juge allaient sortir de leur orbite lorsqu’il l’a regardée en train d’affirmer cela. Il n’en croyait pas ses oreilles. Une fois cette séquence terminée, le témoignage de Mme Barganier – unique témoin à ne pas être un drogué ou un revendeur de drogue, et seule personne à ne pas être un criminel ayant un intérêt direct à collaborer avec la police – avait perdu toute fiabilité. Ce témoignage, qui constituait la pierre angulaire de l’argumentaire de l’accusation, avait finalement été complètement démonté par l’équipe juridique composée des super héroïnes qui me représentent aujourd’hui. Et J’ADORE CA ! C’est un rêve devenu réalité et je sais que nous atteindrons notre but ultime, à savoir le droit à un nouveau procès. Alors, oui, la deuxième partie de ma vie vient juste de commencer.

Le témoin suivant est (l’ancien) officier de police de Farmers Branch, Alfredo Serna, soit la personne qui a hypnotisé Jill Barganier. Il a affirmé que sa formation en hypnose a consisté en 40 heures de cours d’hypnose médico-légale entrant dans  le cadre des enquêtes de police. Il n’avait jamais pratiqué l’hypnose avant d’hypnotiser Mme Barganier et n’a plus jamais pratiqué l’hypnose par la suite. La seule et unique personne sur laquelle il ait pratiqué l’hypnose se trouve être ce témoin clé de mon affaire, dont le témoignage m’a envoyé dans le couloir de la mort du Texas. Là encore, Gretchen ne relâche pas une seconde son attention lorsqu’elle interroge ce témoin et lui repose les questions incontournables qui appellent des réponses qui ne font que confirmer le fait que cet agent des forces de l’ordre a corrompu à jamais le souvenir de ce que Mme Barganier a cru avoir vu le matin du meurtre d’Elizabeth Black. Cet hypnotiseur formé à la va vite, et sans aucune expérience commet faute après faute et altère à jamais le témoignage de Jill Barganier dans cette affaire.

Le fait d’entendre M. Serna informer le tribunal qu’il croyait toujours que le cerveau humain fonctionne comme un magnétoscope en disait long. Il continuait à croire par ailleurs que la technique d’hypnose connue sous le nom de « technique de la salle de cinéma » constituait la façon la plus sûre et la plus efficace de « retrouver des souvenirs perdus », alors qu’en réalité, les psychologues médico-légaux sont aujourd’hui d’accord pour dire qu’il s’agit de la méthode la plus dangereuse. M. Serna nous a aidés à prouver et à établir le fait que l’hypnose ne constitue que l’une des nombreuses techniques d’identification suggestives que les policiers sont volontairement fait subir à Jill Barganier.

Le dernier témoin de la journée était Jerry O’ Baker, officier de police de Farmers Branch. M. Baker était l’enquêteur (détective) N°2 désigné dans ce dossier. Carlotta, mon avocate adjointe, a été chargée de l’interrogatoire direct de ce témoin. M. Baker se trouvait dans le bureau du service de police de Farmers Branch où M. Serna a hypnotisé Jill Barganier. Ce FAIT constitue une violation directe des directives alors acceptées concernant la pratique de l’hypnose sur témoin en 1998. M. Baker a toujours soutenu qu’alors que la police avait enfreint 4 de ces directives, ces manquements était sans incidence, parce qu’il ne connaissait pas le nom de Charles Don Flores et qu’il n’avait pas vu de photo de Charles Flores non plus. Lors du procès, M. Baker a témoigné qu’il avait seulement appris l’identité de Charles flores APRES que Mme Barganier ait été hypnotisée le 4 février 1998. Et il a confirmé ses dires lors de l’audience d’aujourd’hui. Sauf que… l’enquêteur Baker ment, et cela, nous pouvons le prouver. M. Baker est l’enquêteur « de secours » dans ce dossier – il est chargé d’intervenir où cas où l’enquêteur principal, M. Calloway (décédé depuis !) serait empêché. M. Baker connaît tous les détails de cette enquête, y compris le fait que la police soit au courant de l’identité de Charles Flores depuis le 31 janvier 1998 ! Ce qui nous amène à nous poser les questions suivantes : pourquoi mentez-vous à ce sujet ? Sur quel autre point mentez-vous ? Quelles sont les fautes que vous couvrez ? Pour l’instant, le fait que M. Baker mente sous serment nous aidera à établir le FAIT que les officiers de police et que les procureurs de cette affaire ont tous les mains sales et que leurs crimes ont désormais été mis au grand jour.

Il est clair que le témoin et que les procureurs sont méfiants et se demandent où mon équipe juridique veut aller et pourquoi. Ils le découvriront bien assez tôt lorsque la vérité éclatera dans cette affaire. Je suis innocent, je peux le prouver et c’est bien ce que je ferai !

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