Ma visite à Charles (Avril 2022) – par Laurent Bachelot

Ce 28 avril, je m’envole pour le Texas, direction Livingston, prison de Polunski, afin d’y rencontrer Charles. C’est la 5e fois que je me rends dans ce lieu. Près de 6000 prisonniers sont entassés dans ces bâtiments, dont les 200 condamnés à mort du Texas.

Il a fallu insister auprès de l’administration pour négocier une rallonge de deux heures à notre tête à tête et obtenir une visite de quatre heures. Le directeur de la prison, tout récemment nommé, a finalement accepté ma demande. Charles a beaucoup d’estime pour lui, car il a pris des mesures très positives pour les prisonniers du couloir de la mort.

Dans la foulée des retrouvailles, je passe à Charles le bonjour de la part de ses amis Français les plus proches.

Je trouve Charles détendu et en bonne forme, malgré ses kilos en trop. Il me dit que je suis vieux, je lui rétorque qu’il est trop gros. Je lui conseille plus sérieusement de continuer à faire ses exercices 🙂 Au fil de notre dialogue, ma première impression se confirme, Charles est apaisé et sans aucune animosité : c’est un autre homme. C’est la première fois depuis que je le vois que je ne dénote en lui ni tension ni agressivité. Lors de mes dernières visites, il était très critique à l’égard de tous, virulent à l’égard de la justice et de l’administration pénitentiaire —ce qui semblait bien compréhensible—, mais également envers ses amis, qu’il attaquait ouvertement s’ils n’appliquaient pas ses instructions à la lettre. Je l’ai toujours accepté, car comment juger de la conduite d’un homme enfermé dans une cage depuis plus 20 ans ! Mais cette posture, de l’avis de son avocate, l’avait jusque-là lourdement pénalisé. Lorsque, dernièrement, après son passage au détecteur de mensonges, il avait choisi de commenter son résultat en provoquant l’administration —avec tout le culot qu’on lui connait, et ce alors même que le résultat lui était très favorable—, cette attitude s’était clairement retournée contre lui. C’est ce que m’avait confirmé son avocate : le mal était fait et le travail de Gretchen en partie saboté. C’est ce type de comportement qui depuis des années desservait Charles. Mais on doit aussi admettre que c’est ce caractère qui lui a permis de résister et de traverser une à une les épreuves. Force et faiblesse de Charles… voilà tout le paradoxe.

Ce changement radical de comportement, Charles l’explique lui-même par la mise en place au sein de l’établissement pénitentiaire du « Faith Based Program » (FBP). Ce programme est une nouvelle mesure proposée aux prisonniers du couloir de la mort. Il s’agit de séances de méditation et de spiritualité qui permettent aux détenus de rencontrer d’anciennes victimes, d’échanger, de chanter, de prier. Le but est de mieux comprendre l’autre. Ce programme, d’inspiration chrétienne, a été instaurée par M. Dickerson, le nouveau « Warden » (directeur) de Polunski. Charles est convaincu que c’est la foi qui l’a transformé : il a plusieurs bibles dans sa cellule et il est devenu le leader de son groupe composé de 14 prisonniers. Il a été coopté par ses codétenus. Quand on connaît Charles et son caractère, on n’est guère surpris !

Charles parle toujours de sa libération, de ses projets et de son rêve d’acheter un van, dans lequel il vivrait en parcourant les routes des USA. Il projette d’aider à son tour les autres condamnés et de mettre son expérience au service de ceux qui en auront besoin. Il sait mieux que quiconque que la justice est lente, mais continue à croire fermement à une issue positive.

Nous avons parlé brièvement de la procédure en cours, mais pour une fois, il n’a fait aucun commentaire déplacé, un de ceux qui, par le passé, n’ont fait que le desservir. Je n’ai donc pas posé de question particulière tout en insistant sur le travail gigantesque de Gretchen qui a mis en exergue tous les points positifs de son dossier (la jurisprudence Brady, le test ADN, les témoignages contre l’hypnose etc.). Charles m’a dit que tout allait désormais dans la bonne direction et sa confiance en Gretchen est apparue à nouveau entière et intacte. Il a enfin compris que personne ne pourrait remplacer Gretchen, ni par la qualité de son travail ni par le fait qu’elle œuvre pour lui de façon totalement bénévole. Il faut savoir que son travail pourrait être rémunéré à hauteur de plusieurs centaines de milliers d’euros. Gretchen travaille sans aucune arrière-pensée vénale, ce qui est rarement le cas de la plupart des avocats américains, car même ceux qui œuvrent à titre bénévole, le font souvent dans l’idée d’en tirer un profit personnel.

« Innocent project » est de nouveau impliqué au niveau de l’État du Texas. Ils ont repris le dossier de Charles.

Sachant que j’étais de passage pour voir Charles, Gretchen a réussi à caler ses autres rendez-vous le même jour. Nous avons donc pu dîner ensemble. Je précise que Gretchen s’occupe de six prisonniers, dont quatre à titre gracieux. C’est assez extraordinaire pour être souligné… mais il faut pouvoir tenir financièrement ! Elle m’affirme que l’aide de « ACAT Thonon » est vitale et elle est extrêmement reconnaissante à l’égard de l’association.

Gretchen m’a confirmé que le changement de comportement de Charles devenait un élément déterminant, et permettait désormais d’envisager de façon plus concrète une issue favorable. Les dérapages répétés de Charles par le passé devenaient ingérables, et sans un changement de comportement, Gretchen n’aurait probablement pas pu continuer son combat.

Gretchen a déposé récemment sa requête auprès de Cour Suprême des États-Unis et est toujours en attente de la décision. Il y a aujourd’hui trois hypothèses. Première hypothèse (sans doute la plus probable) : la Cour Suprême ne prend pas le dossier en compte. Deuxième hypothèse : la Cour choisit d’examiner le dossier mais estime que les choses ont été faites dans les règles. Troisième hypothèse : ils demandent une révision de la procédure ; mais dans la mesure où cette décision doit être acceptée par la juridiction du Texas, les chances de la voir aboutir sont très faibles. Reste la piste du DA (« Distric Attorney ») du Texas : au vu de la totale incohérence de l’enquête initiale, Gretchen essaie toujours de le convaincre de demander l’ouverture d’un nouveau procès. Malheureusement, le fait que les procureurs soient généralement élus —et c’est bien le cas en l’espèce— les amènent à prendre des décisions très « politiques ». Et comme l’état du Texas est très conservateur, le procureur concerné peut être enclin à opter pour plus de fermeté et plus de répression.

Le travail de fond a été fait par Gretchen. Il faut désormais rameuter le maximum de monde. Gretchen m’a rappelé l’importance de « ACAT » et de chacun de nos soutiens en France. La prochaine et ultime étape devra passer par la mobilisation des médias pour aboutir à une visibilité maximum afin que la vérité éclate. C’est cette pression qui pourrait aujourd’hui faire basculer les choses.

Laurent BACHELOT

 

 

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